Je lis, je bouquine, je dévore et vous ?

 

Ils ont lu, ils ont aimé et tiennent à le faire partager...

 

 

 

 

 

Annie B. a lu  (juillet 2016)

 

Bernard Giraudeau : Les dames de nage,
Paris, Éditions Métailié, 2007

J'étais curieuse de voir ce que Giraudeau, le baroudeur à gueule d'ange que je prenais pour un mirliflore à demi analphabète, pouvait donner en littérature (comme chacun sait probablement, il avait quitté l'école à 13 ou 14 ans comme Depardieu et Lucchini ! C'est curieux de voir à quel point l'Éducation Nationale peut passer à côté de ses éléments les plus inclassables et les plus talentueux...) Savourez sa première phrase : "Je peux voir la canopée comme des vagues immobiles auxquelles seul le vent de la montagne donne une vie de mer sombre. Il traîne des brumes alanguies que le soleil levant finit toujours par enflammer. Au-delà il y a un grand fleuve et bien au-delà la mer, la vraie, l'infinie, qui se dessine parfois comme un trait de lumière pour souligner l'indéfini du ciel... Il y a alors une plainte rugueuse des écorces blessées, un bavardage précipité du feuillage sous les ailes sombres des nuages, et je me régale d'un poignard de feu derrière les voiles d'eau... Tous les soirs avant la noyade solaire, quand l'ombre du petit sycomore s'étire en géant, je m'assois sur le tronc couché qui barre le sentier. J'ai alors, comme le veilleur, le sentiment de garder un territoire."

Écriture envoûtante, écriture-sortilège s'il en fut.

Le héros/alter ego du baroudeur poète, Marc Austère, parcourt, la caméra à l'épaule, la forêt amazonienne, l'Afrique des déserts et des grands fleuves, les bidonvilles de Manille, à la recherche de rencontres authentiques et... de lui-même ! Le moteur essentiel, outre la quête de nouveaux horizons, est l'amitié indéfectible pour les amis qui l'accompagnent, Michel ou Diego, et le fil rouge l'amour discret et inconditionnel pour les femmes rencontrées : la première, celle qu'il recherche dans toutes les autres, l'unique et irremplaçable Amélie ; Marguerite, sa voisine, petite vieille mystérieuse qui guette ses apparitions ; Camille, la monteuse fidèle ; puis, la transsexuelle Marcia/Marco, et Jo, la troublante et sensuelle amie-amante africaine qu'il partage avec Michel.

L'enfant Bernard qui " bivouaquait dans sa chambre " et désirait " parler au monde " est devenu un véritable écrivain qui nous fait larguer les amarres, nous entraîne dans ses aventures, ses bordées aussi, où les vapeurs de l'alcool et des drogues se mêlent au vent du large. Avec générosité il nous fait partager la douceur et la douleur de vivre. Voyage intérieur ou horizon élargi, avec lui on va loin et au plus profond des choses et des êtres.
 

 

 

Elisa vous recommande particulièrement… (avril 2016)

 

« D'après une histoire vraie » de Delphine de Vigan
Éditions JC Lattès, Septembre 2015

 

L'auteur multiplie les allusions à sa propre vie: met en scène ses enfants, son compagnon.
Où s'arrête le réel et où commence la fiction?
Le récit oscille entre autofiction et thriller, la question de la création romanesque sert de toile de fond.

Page 125:
Tout auteur qui a pratiqué l’écriture de soi (ou écrit sur sa famille) a sans doute eu, un jour, la tentation d’écrire sur l’après. Raconter les blessures, l’amertume, les procès d’intention, les ruptures. Certains l’on fait. Sans doute à cause des effets retard. Car le livre n’est rien d’autre qu’une sorte de matériau à diffusion lente, radioactif, qui continue d’émettre, longtemps. Et nous finissons toujours par être considérés pour ce que nous sommes, des bombes humaines, dont le pouvoir est terrifiant, car nul ne sait quel usage nous en ferons.

Page 447:
... même si les faits sont avérés, c’est toujours une histoire qu’on se raconte. On se la raconte. Et au fond, l’important, c’est peut-être ça. Ces toutes petites choses qui ne collent pas à la réalité, qui la transforment... Nous sommes tous des voyeurs, je vous l’accorde, mais au fond, ce qui nous intéresse, nous fascine ce n’est peut-être pas tant la réalité que la manière dont elle est transformée par ceux qui essayent de nous la montrer ou nous la raconter. C’est le filtre posé sur l’objectif. En tous cas, que le roman soit certifié par le réel ne le rend pas meilleur.
 

 

Janie B. vous recommande particulièrement… (novembre 2014)

 

« Regarde les lumières, mon amour, »
Annie ERNAUX, Seuil 2013, collection « Raconter la vie »

 

Il faut avoir avancé quelque peu dans ce bref essai pour saisir la pertinence du titre. Le lecteur (re)découvre aux côtés de l'écrivain qui habite la ville nouvelle de Cergy-Pontoise le monde supposé connu des Grandes Surfaces. Personne avant Annie Ernaux, ni Alain Robbe-Grillet, ni Françoise Sagan par exemple, n'aurait osé traiter de ce thème en littérature, extension du domaine de la ménagère, à la banale trivialité.
L'auteure a adopté la forme d'un journal dans lequel elle consigne sur une année la relation, agrémentée d’observations d’une grande justesse, de ses visites hebdomadaires au centre commercial d’Auchan.
Exemple :
« Mercredi 5 décembre
16 heures. Pluie. Dans le centre commercial, on ne voit pas le temps. Il n'est pas inscrit dans l'espace. Il ne se lit nulle part ».

Tous ceux qui sont amenés à fréquenter ce genre de lieu par nécessité apprécieront la concision, la justesse de ton des remarques parfois très critiques sur les pratiques dévoyées du monde des « hyper ». Cependant, l’auteure avoue éprouver aussi quelque tendresse pour ce lieu d’où une certaine qualité de relation humaine n’est pas tout à fait exclue.


 

Annick C. vous recommande particulièrement… (septembre 2014)

 

« La Traversée du Continent », Tome 1 de « La Diaspora des Desrosiers » de Michel Tremblay - Editions Léméac / Actes Sud, mars 2008.

 

Michel TREMBLAY est un auteur contemporain québécois. Parmi son œuvre gigantesque, théâtre, romans, adaptations, scénarios, il faut citer sa grande fresque romanesque de 6 tomes, Les Chroniques du Plateau-Mont-Royal, dans laquelle il décrit la vie des familles montréalaises dans les années 1940-1950 et le milieu populaire de ce quartier où il nait en 1942. Il relie deux grands cycles romanesques en publiant, en 2007, La Traversée du Continent, premier volet de l'histoire de la famille Desrosiers qui se déroule dans les deux premières décennies du XXème siècle, suivi de La Traversée de la ville puis de La Traversée des Sentiments.

 

            Dans La Traversée du Continent, il s'inspire du personnage de sa mère, petite fille orpheline de père, confiée avec ses deux grandes sœurs aux grands-parents maternels à l'âge de trois ans. Nana grandit choyée, heureuse, dans un petit village français catholique du Saskatchewan au milieu des grandes prairies de l'Est Canadien et des champs de « blé d'Inde ».

Elle a tout juste dix ans en 1913 quand sa mère restée à Montréal la réclame. Elle va devoir prendre le train toute seule pour aller la retrouver au Québec. C'est donc un périple de quelque 3 500 km d'Est en Ouest qui l'attend. Commence alors pour la chèr’ 'tit fille' un voyage de trois jours et trois nuits qui va la transformer.

Au cours  des  haltes où elle est accueillie par des membres de sa « parenté », elle découvre sa grand-tante Régina, vieille fille qui ignore tout des enfants mais qui est transfigurée quand elle se met au piano ; la tante Babette, mère de sept enfants, exubérante et envahissante, dont le mari s'était exilé jusqu'aux Rocheuses pour travailler à la construction du train Québec-Vancouver; la cousine de sa mère, Ti'Lou, à la réputation douteuse, qui a de merveilleux draps en soie, sent bon le gardénia... et se déclare « indépendante ». Ces femmes, confinées dans des rôles qui étaient les leurs au début du XXème siècle, sont des personnages attachants, pittoresques, émouvants. Elles ont toutes trois une blessure. Elles vont faire vivre à la jeune Nana des moments forts qui l'initient à la vie. Sa grand-mère ne lui avait pas encore tout dit...

Quand elle arrive enfin à Montréal, remplie d'une émotion qui l'étouffe, elle découvre pourquoi sa mère l'a fait venir près d'elle.

 

Dans un dialecte coloré, avec des dialogues délicieux, la traversée de Nana, véritable voyage initiatique, est une très belle histoire, touchante, remplie d'une immense tendresse et d'humour, de personnages hauts en couleurs qui vont ouvrir les yeux d'une petite fille sur la vie. La nature participe aussi a sa formation sur la nature humaine... Grande traversée du continent  canadien : partie de Regina, capitale du Saskatchewan, Nina découvre le quartier francophone de Winnipeg dans le Manitoba, s'émerveille aux abords du Lac Supérieur, à la vue de Toronto, puis d'Ottawa dans l'Ontario et enfin arrive au Québec, à « Monrial », comme ils disent.

 

Les dernières lignes de ce premier tome de 284 pages donnent envie de se précipiter sur les deux volets suivants de la Diaspora des Desrosiers. Toujours avec Nana, et sa mère maintenant, sur rumeurs de guerre et nostalgie des champs de maïs du Saskatchewan... L'aventure est loin d'être terminée !

 

 

 

D'une lectrice (décembre 2012)

 

« Sauve-toi, la vie t'appelle » de Boris Cyrulnik - Editions Odile Jacob, 2012

 Livre émouvant, que l'on ne peut pas oublier !

 

La vie d'un enfant juif pendant la deuxième guerre mondiale et... l'après-guerre.

 C'est un livre sur la construction des souvenirs et comment l’on arrive à surmonter (peut-être) les peines ou malheurs d'une vie, les grandes joies aussi.

Une histoire poignante d'un enfant juif de six ans qui n'a qu'un seul but : s'échapper pour pouvoir vivre.

 

Le vocabulaire est simple pour une explication de vie compliquée. L'enfant, malgré tout ce qu'il endure, n'éprouve pas d'amertume,  « Le fracas de mon enfance me mettait dans une situation d'exception ». Sa mémoire peut être troublée, mais le cheminement de sa mémoire sauve sa mémoire.

 

C'est aussi un très bon documentaire sur les années d'après-guerre et la situation misérable des rescapés.

 

 

 

Yvette Ressiot a dévoré (septembre2012) : 

 

VARGAS LIOSA : « Le Paradis : un peu plus loin », Ed. Gallimard, 2003.

Vie du peintre GAUGUIN et de sa grand-mère maternelle Flora TRISTAN : femme de lettres et initiatrice du féminisme.

Chacun d'entre eux, à sa façon, a lutté, souffert et vécu dans le but d'accéder à un idéal : un paradis difficile à atteindre. Récit de deux vies hors du commun.  

Arto PAASILIANNA : « Le Cantique de l'Apocalypse joyeuse », Ed. Denoël, 2008

XXIème siècle ; le chaos est partout. Une Communauté de joyeux et délirants Finlandais tente une vie en autarcie dans le monde en déconfiture. Retour au bon sens paysan avec beaucoup d'humour. Au fil de la lecture se déroulaient pour moi les tableaux du Douanier Rousseau...  

Hélène GREMILLON : « Le Confident », Folio, 2010

Premier roman de l'auteur. Sur fond de guerre Mondiale (la deuxième) se mêlent parfaitement récit historique et suspens psychologique. Histoire envoûtante : 300 pages « dévorées » en une nuit ! Récit bien mené et facile à lire.   

Laurent GAUDE : « Le Soleil des Scorta », Actes Sud, 2004

Existences de labeur, de folies sous le grand soleil de Calabre. Lignée maudite née d'un viol.

L'amour, la mort, l'exil, l'orgueil, la force de caractère des personnages laissent le lecteur bouleversé. Récit inoubliable.

 

 

 

De G.C. (août 2012) :

 

« Le rêve du Celte » de Mario Vargas Llosa. Gallimard, 2011

 Le rêve du Celte retrace la vie de Roger Casement (1864-1916), diplomate britannique, né en Irlande, aventurier et révolutionnaire, pourfendeur du colonialisme notamment en Afrique et en Amazonie péruvienne dont il dénonce les horreurs lors de la collecte du caoutchouc. Ces différentes prises de conscience le conduiront ensuite à militer pour l'indépendance de l'Irlande ce qui lui vaudra la disgrâce et une mort tragique.

Dans ce dernier roman Mario Vargas Llosa rend justice à ce personnage idéaliste, hors du commun, en montrant toute sa complexité et son ambivalence et ceci grâce à une construction magistrale comme toujours chez cet auteur. 

Mario Vargas Llosa est né au Pérou en 1936.

De 1959 à 1974 il vit à Paris. Il publie son premier roman « La ville et les chiens » en 1963.

Parmi ses nombreux romans « la fête au bouc » relate l'assassinat de Leonidas Trujillo dictateur de la République dominicaine, œuvre dont il faut souligner la structure remarquable.

Mario Vargas Llosa reçoit le prix Nobel de littérature en 2010.

 

 

  

De B.C. (août 2012) :

 

« En attendant Robert Capa » de Susanna Fortès. Éditions. Héloise d'Ormesson, 2011

 André Friedmann (Robert Capa) juif hongrois, rencontre à Paris en 1935 Greta Pohorylle, juive polonaise. Tous deux ont fui le fascisme et l'antisémitisme de leur pays à cette époque. Il l'initie à l'art de la photographie et après une vie commune difficile ils obtiennent un contrat d'un grand journal américain pour couvrir la guerre civile en Espagne. André réalisera entre autre la célèbre photographie «Mort d'un soldat républicain » et avec Greta, les photographies de la destruction de la ville de Guernica. Ces photos feront le tour du monde. Robert Capa sera le grand photographe-reporter de guerre, il couvrira notamment la guerre sino-japonaise,  le débarquement allié en France, la guerre d'Indochine. Tous deux meurent prématurément et tragiquement.

Ce livre relate avec sensibilité la passion foudroyée de deux artistes victimes de conflits d'une totale brutalité.

 

 

 

De G. P (août 2012) :

 

« Un week-end en famille » de François Marchand. Éditions Cherche Midi

Vraiment « un week-end en famille » c'est le coup de cœur de cet été !!!

Qui ose prétendre ne pas avoir pensé, lors de la première rencontre avec sa belle-famille... Non, non je file à l’anglaise.

Puis on fait des efforts maladroits (nos éducations, nos modes de vie si différents !!) alors on fait des efforts, on souffre, on devient impatient... bref on change... Résignation, meurtre, indifférence !!!!

Livre sarcastique, l'auteur est déjanté, le lecteur rit et devient même complice.

 

 

  

D’A. Chevalier ( juillet 2012 ) :

 

Pour ce mardi, mon coup de cœur : « Dernières Nouvelles du Sud », par Luis Sepulveda (auteur du « Vieux qui lisait des Romans d'Amour », que j'ai adoré) et son photographe Daniel Mordinski.

Trad.de l'espagnol (chilien). Ed Métailié,192 p.cf annonce in Express du 6 juin dernier.

Un vrai roman, portraits d'aventuriers, divers gringos, rencontres insolites, au cours d'un voyage qui va de Buenos Aires jusqu'... au bout du monde (de la Patagonie qui me fait rêver...)

 

 

 

De J.M. ( juillet 2012 ) :

 

« La dernière Bagnarde », roman de Bernadette Pécassou-Camebrac (édition Flammarion) éclaire d'un jour sinistre mais ô combien dramatique un pan de l’histoire de France complètement oublié, négligé ? Occulté ? Où l'on découvre avec effroi le sort - déjà peu enviable en métropole – de jeunes femmes, tristes épaves, qu'une loi scélérate et hypocrite a condamnées au bagne. C'est le récit hallucinant de leur voyage, dans l'obscurité la plus complète, à fond de cale du navire, et de la mort de leurs  fragiles espérances au sein d'un milieu hostile comme implacable.

 

 

 

Jean Creuzy recommande ( mars 2012 ) :

 

Mabanckou, Alain : « Black Bazar ».

Humour et dérision d'un Noir habitant un quartier de Paris, sur lui-même, sa vie et ses « frères ».

Foenkinos, David  : « La Délicatesse ».

Ou et comment une femme qui a perdu accidentellement son mari trouve, trois ans plus tard, un homme qui la surprend et change sa vie. Une écriture...délicate.

Glattauer, Daniel : « Quand souffle le vent du Nord », suivi de « La septième vague »

Echange de mails entre un homme et une femme qui ne se connaissaient pas. Je n'ai été à aucun moment lassé par cet échange de messages courts, l'écriture est simple mais le rythme est bien cadencé. Et j'ai enchaîné les deux titres à la suite.

 

 

 

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