retour accueil

 

Annie B. :

 

 

Pique-nique du 30 août 2017, Du roman américain en général et en particulier au GardenTennis de Royan

Lors de cette rencontre, nous avons, selon la coutume, présenté le livre que nous étions en train de découvrir. Pour ma part, il s’agissait de Bloody Miami de Tom Wolfe, traduction d’ Odile Demange, Robert Laffont, 2013, 616 pages.

Surtout, ne vous laissez pas décourager par le nombre de pages. Tom Wolfe est un écrivain majeur, au souffle puissant, qui vous entraîne dans son tourbillon sans vous laisser reprendre haleine.

À Miami, ville-témoin mise sur la sellette par l’auteur qui dénonce le leurre du melting pot, les communautés se côtoient dans le meilleur des cas dans l’indifférence, en un patchwork qui ne tient que grâce à une stratégie sur le fil du rasoir d’une « political correctness » qui limite artificiellement les heurts, mais se révèle souvent catastrophique du point de vue de la justice.

En une génération, les Cubains ont pris possession de la ville au nez et à la barbe des petits blancs et des Noirs qu’on ne désignera plus qu’en tant qu’Afro-américains. On y croise malgré tout, des personnages qui voudraient s’évader du carcan de leur communauté : (je me réfère en gros au résumé de l’éditeur) Nestor, un policier cubain de vingt-six ans, se retrouve rejeté par sa communauté du quartier de Hialeah, la «Little Havana» de Miami, pour avoir sauvé, au mépris de sa propre vie, un émigrant clandestin de La Havane, alors que celui-ci tentait à ses risques et périls d’atteindre le sol américain (on accuse Nestor d’avoir empêché le malheureux d’avoir pris pied en Amérique, alors qu’en réalité celui-ci se noyait) ; Magdalena, sa ravissante petite amie de vingt-quatre ans, leur tourne le dos, à Hialeah et à lui, pour des horizons plus glamour en devenant la maîtresse d'abord d'un psychiatre, star des plateaux télé et spécialiste de l'addiction à la pornographie, puis d'un « oligarque » russe dont le plus grand titre de gloire est d'avoir donné son nom au Musée des beaux-arts de Miami (en lui vendant des faux pour soixante-dix millions de dollars...) ; un professeur haïtien risque la ruine financière pour que ses enfants mulâtres soient pris pour des Blancs (un mariage avec un Blanc de sa fille chérie à la peau si claire, et la famille pourrait être définitivement « blanchie »…) ; un chef de la police noir décide qu'il en a assez de servir d'alibi à la politique raciale du maire cubain qui désire à n’importe quel prix la paix sociale (le policier refusera de cautionner un délinquant noir protégé par le maire, au motif que ce dernier veut éviter les émeutes raciales qu’il craint par-dessus tout) ; le rédacteur en chef WASP de l'unique quotidien anglophone encore publié à Miami, certes diplômé de Yale mais imperméable aux contradictions intrinsèques à cette ville, est terrifié à l’idée de perdre sa place et ses privilèges si son journal dénonce les exactions des uns et des autres, tandis que son jeune reporter vedette, également sorti de Yale – mais qui, lui, a tout compris –, s'échine (avec succès et avec l'aide de Nestor, notre jeune policier cubain) à traquer le scoop qui lui permettra de se faire une place à la hauteur de son ambition.

Nous sommes confrontés à l’Amérique actuelle, à ses démons – anciens et nouveaux – sans fard, tandis que l’auteur fustige au fil des pages le politiquement correct qui fait des ravages dans la mentalité de chaque Américain.

Si vous voulez plonger dans cette Amérique moderne, malade de son histoire pourtant si récente, de ses communautés et de leurs antagonismes, de son « deep south » comme de son « midwest », de ses gigantesques ruines industrielles comme de ses mégalopoles tentaculaires, et malade surtout de ses guerres perdues, alors je vous recommande (au-delà, bien sûr, de tous les romans de l’Amérique que « toutlemonde » a lus, comme La case de l’oncle Tom, Les raisins de la colère, Un tramway nommé désir ou le Huckleberry Finn de l’immense Mark Twain ; au-delà de la Route 66 que vous avez entreprise avec Jack Kerouac), au moins quatre romans, chefs-d’œuvre absolus de la littérature mondiale :


- Absalon, Absalon, William Faulkner (1936). La lecture en est ardue et le roman – indispensable aujourd’hui au niveau des études universitaires – n’avait pas obtenu, à l’époque, le succès escompté (à peine quelques milliers d’exemplaires !). Les lecteurs avaient été conquis en revanche par millions ( !) par l’opus contemporain en compétition, Autant en emporte le vent, romanesque à souhait et instantanément accessible.
- De sang froid, Truman Capote (1966), glaçant et visionnaire.
- Le bûcher des vanités, Tom Wolfe (1987), ou les désastres du politiquement correct qui fait d’un WASP automatiquement une ordure criminelle face à un voyou de banlieue noire… Escalade au sommet et chute d’un golden boy.
- La tache, Philip Roth (2000). Même topo que précédemment, sauf que l’accusé a lui-même du sang noir…


Bonne lecture !
Annie B