Vers plus d’humilité – P. STERN

Vers plus d’humilité…

 

Les gagnants, si on ose employer ce nom à propos du COVID-19, certains les appellent les héros, ont été parfaitement désignés et reconnus.

Ce sont les soignant(e)s, les aides soignant(e)s, les infirmier(e)s mais aussi tous ceux qui ont accepté de nous servir : les caissier(e)s, les routiers, les livreurs, les éboueurs, et autres personnels d’entretien.

Les perdants, même s’ils se réfugient derrière leurs alibis langagiers sont de toute évidence la plupart des experts médicaux et la majorité des journalistes et commentateurs.

En effet, la foire d’empoigne fut grandiose entre tous ces experts ; l’encrinologue s’opposait à l’épidémiologue, le virologue contestait l’immunologue, le bactériologue mettait en doute l’infectiologue…

Puis vinrent se mêler à la lutte : les gériatres (à partir de 60 ans, méfiez vous), les pédiatres (les enfants ne sont pas concernés, oui, mais la KAWASAKI) puis arrivèrent les sociologues, les psychologues et même les psychanalystes. (Il n’y avait aucune raison que FREUD et LACAN ne s’en mêlent pas).

Tous étalaient leurs savoirs qu’ils pensaient, bien sûr, indiscutables !

Nos journalistes, en pleine hystérie médiatique, s’en donnaient à cœur joie.

Sans bien comprendre, ils questionnaient, dans le but conscient/inconscient  de créer le plus d’angoisse chez l’auditeur ou/et le téléspectateur.

Qu’il est agréable de trouver les petites failles et les contradictions même légères des personnes que l’on interviewe.

Quant aux politiques, ils semblaient perdus.

Le conseil scientifique dont d’une part la légitimité n’était pas reconnue par tous, et qui d’autre part, faisait varier, à l’envi, ses opinions.

L’OMS n’étant d’ailleurs pas plus fiable : le masque ne sert pas à grand-chose, mais si le masque est intéressant, mais encore plus, il devenait obligatoire.

Les tests, faut-il en faire ? Sont-ils valables ? Et que va-t-on faire des personnes reconnues positives ? Comment « tracer » ces patients suspectés ?

On pense alors à cette remarque de Régis Debray (homme politique et écrivain engagé dans la lutte contre l’antiaméricanisme) « Le politique lorsqu’il est mis en cause se cache derrière l’avis des sachants, l’exécutif s’abrite derrière les autorités scientifiques comme sous un parapluie ».

Pendant ce temps la, nos professeurs experts continuaient d’être les rois des écrans.

La meilleure posture étant d’être debout devant son « hôpital » avec sa blouse bleue d’intervenant, et l’indispensable stéthoscope autour du cou…

L’important est de parler, d’essayer de répondre, de faire croire qu’on avait tout compris.

Et pour l’un d’entre eux, cette phrase : « moi, même quand je sais rien, je dis la vérité ».

Ils venaient tous régulièrement le matin, au journal de 13h, à celui du soir.

Ils n’avaient aucune peur, aucune pudeur à infirmer aujourd’hui, ce qu’ils avaient affirmé la veille sans réellement savoir ce qu’ils confirmeraient le lendemain.

Certains experts s’étonneraient de ne jamais être interviewés. Ainsi l’étonnement du célèbre Think Tank Strategika composé d’experts les plus réputés qui regrettent de ne pas avoir eu le droit à la parole.

Sans doute le débat devait-il être exclusivement franco-français.

Et à propos, d’un « vieux » médicament dont l’effet sur le COVID-19 n’était pas prouvé, on a assisté à un beau duel entre les hospitaliers universitaires parisiens et les hospitaliers universitaires marseillais.

Les invectives échangées entre les 2 clans n’étaient pas sans nous rappeler celles des supporters de football quand s’affrontent le P.S.G et l’O.M.

Cet expert marseillais (cf. Interview Paris Match avril 2020), bien qu’il ait affirmé que ce virus ne ferait jamais plus de 10 000 morts et qu’une maladie infectieuse qui se répand partout sur terre et au même moment, ça n’existe pas, se dit l’un des virologues les plus célèbres du monde.

Il ajoute, sans prendre conscience de l’absurdité, « je cherche la contradiction mais je refuse de débattre avec des gens qui ont un niveau trop bas, et je ne vais jamais dans les congrès » !

Il est, de bon droit alors de se référer à l’intelligence de Nassim Nicolas Taleb, spécialiste en épidémiologie, professeur d’ingénierie du risque (Université de New-York) lorsqu’il écrit dans son célèbre livre « le Cygne Noir » : « Le problème avec les experts c’est qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’ils ignorent ».

Alors n’est-il pas temps de s’interroger, nous, à qui l’on attribue parfois, le nom d’expert, sur nos savoirs et nos attitudes ?

Sommes-nous toujours capables de remettre en cause nos connaissances et avons-nous conscience de nos limites ?

Sachons garder un degré élevé d’HUMILITE et faisons nôtre cette citation de Montesquieu :

« La GRAVITE est le bonheur des imbéciles ».

 

P. STERN
Professeur Emérite ESCP.BS

 

 

 

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