Aphorismes de saison et autres considérations actuelles – Jean-Paul Gazeau

Aphorismes de saison et autres considérations actuelles.

Il est quand même paradoxal  de devoir respecter la distanciation sociale tout en essayant de favoriser le commerce de proximité.

Si votre voisin a du mal à respecter les gestes « barrière », n’hésitez pas à lui passer un savon.

Certains profitent du confinement pour mettre leur vie en ordre : tri de vieilles photos, tri de vieux vêtements,… Occupation pour tromper son ennui ou rituel de purification ?

Les gestes « barrière » ne seront levés qu’après le passage d’un train de mesures.

Hier, j’ai entendu une vieille coquette minauder qu’elle entrait en quarantaine.

La crise actuelle donne raison à Sartre. Au fur et à mesure que le prix de l’existence augmente, celui de l’essence diminue.

L’expression « le mariage de la carpe et du lapin » étant tombée en désuétude, je propose de la remplacer par « le mariage du pangolin et de la chauve-souris ».

Avec le confinement, la procrastination est devenue une vertu.

Le foyer en optique un point de convergence, le confinement confirme que le foyer en  situation conjugale est un point de divergence.

Les femmes gravides après le début de la pandémie seront-t-elles appelées enceintes de confinement ?

Le confinement tend à confirmer qu’il est plus facile de supporter la solitude quand on est seul que lorsqu’on doit la partager à plusieurs.

Depuis le début de la pandémie, la Peste de Camus est devenu l’ouvrage de référence.

C’est oublier que les intuitions de Sartre ont été encore plus prémonitoires : Huis-Clos, les Séquestrés d’Altona, le Mur, Morts sans sépulture, la Nausée, les Mains Sales, Typhus, …

La distanciation sociale va -t-elle s’adapter aux contingences locales. Là où on disait « ici, c’est trois ! » (bises), va- t-on dire « ici, c’est trois ! » (mètres) ?

Le Conseil Scientifique Covid-19 souligne l’importance de protéger les personnes âgées  en maintenant une distance suffisante.  Que faudra -t-il faire alors que la distance que nous avons jusqu’à présent soigneusement entretenue avec les personnes âgées avant la pandémie, n’a pas réussi à les protéger ?

Un des gestes « barrière » consiste à tousser et à éternuer dans le creux du coude. Je ne suis pas sûr que se taper du coude pour remplacer la poignée de main soit dans ces conditions bien prophylactique.

La preuve que le coronavirus a un effet sur le dérèglement climatique, c’est que les vacances d’été ont été repoussées à l’automne. Si la situation ne s’améliore pas, il faudra sans doute reconvertir les maîtres-nageurs en moniteurs de ski.

Nous sommes en guerre…. les frontières ont été fermées mais ça n’a servi à rien, l’ennemi est quand même passé.  Les attroupements sont interdits, le couvre-feu a été instauré, les autorisations de sortie sont accordées au compte-gouttes, il est conseillé de rester chez soi, le marché noir prospère, la résistance a du mal à s’organiser,…Pourquoi, s’interrogent certains, ne pas distribuer des pastilles Vichy en attendant qu’un vaccin nous libère de l’occupant.

Pour gagner la guerre contre le coronavirus, il faudra s’armer de patience.

Il s’était tellement lavé les mains au gel hydroalcoolique, qu’elles sont tombées en coma éthylique. Elles sont actuellement en cure de désintoxication au savon de Marseille. Pendant le sevrage, elles se sont mises à trembler. On craint qu’elles ne soient atteintes de délirium tremens.

« Qu’est-ce que j’peux faire ? J’sais pas quoi faire » phrase culte de Anna Karina dans « Pierrot le fou » qui annonçait la Nouvelle Vague.

Pour terminer, un extrait de « Contagions », texte écrit par Paolo Giordano en février 2020 au début de la pandémie en Italie. L’ouvrage complet est disponible sur internet.

« J’ai décidé d’employer ce vide à écrire. Pour tenir à distance les présages et trouver une meilleure façon de réfléchir à tout cela. L’écriture a parfois le pouvoir de se muer en un lest qui ancre au sol. Ce n’est pas tout : je ne veux pas passer à côté de ce que l’épidémie nous dévoile de nous-mêmes. Une fois la peur surmontée, les idées volatiles s’évanouiront en un instant – il en va toujours ainsi avec les maladies »

 


Jean-Paul Gazeau

6 Replies to “Aphorismes de saison et autres considérations actuelles – Jean-Paul Gazeau”

  1. Sur le modèle relooké des « Parerga et Paralipomena » de mon camarade Schopenhauer, des miscellanées particulièrement jouissives de notre cher Jean Paul…
    Merci à toi!

    Jacques (J-13)

  2. Magnifique!

    « Du premier au dernier paragraphe, une même obsession s’affirme: celle de conserver au doute le double privilège de l’anxiété et du sourire.  » … Jean-Paul pose sur notre actualité « un regard détaché où la révolte cède le pas à l’humour, à une sorte de sérénité dans l’ahurissement. Ce sont là propos d’un Job assagi à l’école des moralistes. »

    Comme l’indiquent les guillemets, ce commentaire n’est pas de moi… C’est l’avant-propos de chez Gallimard aux Syllogismes de l’Amertume!
    Merci donc à notre Cioran royannais!

    1. Cioran royannais, voilà un compliment qui me va droit au cœur, mais je crains que, comme dit si bien Cioran dans « les Syllogismes de l’Amertume, « ne cultivent l’aphorisme que ceux ont connu la peur au milieu des mots, cette peur de crouler avec tous les mots ».

  3. Épigone de Schopenhauer (selon Jacques), Cioran royannais (selon Daniele), spectre de Devos (selon Philippe). J’ai l’impression d’être l’ornithorynque de l’aphorisme !

  4. Pourquoi suis je contraint, mon cher Jean Paul, à chacun de tes commentaires, d’ouvrir mon vieux Larousse illustré?J’apprenais jusqu’à présent un ou deux mots nouveaux par an et je m’en contentais… …Grâce à toi,Jean Paul, j’en apprends maintenant un ou deux par commentaire…Tiendrai je le rythme?
    Surtout ne ralentis pas le tien!
    Amicalement,

    Jacques (…J-9…)

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