6 Replies to “La langue ne ment pas – Allain Glykos”

  1. Cher Allain,

    Je rebondis-si j’ose dire- sur votre miscellanée récente… Alors comme on est sur un blog et que chacun de nous se doit de livrer son ressenti en fonction de sa culture, son passé, son avenir présumé (…c’est un peu osé de s’aventurer sur ce terrain aujourd’hui…) je vous livre en vrac deux réflexions, plutôt orientées philo. On ne se refait pas n’est ce pas?
    La première c’est une définition générale de la peur telle que vous la mentionnez…
    Alors j’ouvre le Dictionnaire philosophique de Comte-Sponville et je lis : « Peur : l’émotion qui naît en nous à la perception, ou même à l’imagination d’un danger. Se distingue de l’angoisse par l’aspect déterminé de ce dernier. L’angoisse est comme une peur indéterminée ou sans objet, la peur, comme une angoisse déterminée voire objectivement justifiée. Cela ne dispense pas de l’affronter , ni de la surmonter quand on peut : tel est le courage, toujours nécessaire jamais suffisant ».
    Rien à rajouter en ce qui me concerne, tout à commenter….
    Bien cordialement,

    Jacques Eskénazi

    1. Bonjour,
      Roger Paul Droit vient aussi préciser la différence entre la peur et l’angoisse. Celle-ci «  vient du dedans, elle est diffuse » alors que la peur s’exerce sur un objet réel: on va donc pouvoir sans doute la combattre plus facilement -l’ennemi étant clairement identifié.
      On peut se poser une question :
      Quand la peur est une forme de quotidien ( peur du lendemain pour simplifier )peut on « se payer le luxe « de l’angoisse?
      Sous un autre angle, n’y aurait il pas une sorte de « hiérarchie «  dans les peurs? Sans aller chercher bien loin,
      Celui qui n’a pas de toit , rien à manger, a -t-il vraiment peur du virus. A -t-il vraiment le choix de s’en protéger? il a sans doute bien d’autres priorités..
      cordialement

      1. Alors, maintenant que l’on sait qu’il y a peur quand l’objet est déterminé, il ne nous reste plus qu’à prioriser-quantifier- l’ordre de nos peurs…
        D’où le petit QCM suivant :
        -1- Ai je peur de mourir? OUI/NON
        -2- Ai je peur du lendemain? OUI/NON
        -3-Ai je peur pour mes proches? OUI.NON
        -4- Ai je peur pour mon propre devenir? OUI/ NON
        etc…etc…
        Attention, je relève les copies dans 1h!
        Question subsidiaire qui départagera les meilleurs :
        – Y a-t-il un Mac Do dans l’au delà, et, si c’est le cas, est-il ouvert jusqu’à minuit?
        A vos écritoires….
        Jacques Eskénazi

        1. Bonjour,
          J’ai bien envie d’élargir le champ du questionnement ..

          Une partie de l’humanité vogue sur un navire 5 étoiles, tandis que l’autre dérive sur une pauvre ««barquasse ».
          Qui va donc s’en sortir?
          Et bien, pas de filet de sécurité pour les plus défavorisés..
          Alors que nous vivons une parenthèse de confinement qui semble porter ses fruits, certains doivent malgré tout aller au contact du virus.. il faut bien gagner sa vie à tout prix.. pas le choix.
          S’il nous arrive cependant de sortir, il nous faut rester à 1 m les uns des autres, et si possible masqué ( mais oui!..).. Que signifient de telles mesures dans les camps de réfugiés, les bidonvilles ou les favélas ? L’extrême précarité qui y règne souligne l’indécence d’évoquer une quelconque distanciation sociale.
          Quant aux mesures d’hygiène élémentaires, comme le simple lavage des mains, elles n’ont aucun sens pour tous ceux qui n’ont ni eau courante, ni réseau d’assainissement ; Ils sont pourtant si nombreux..
          Car nous vivons bien une pandémie mondiale.
          Nos soirées sont rythmées par le rituel des chiffres: tout cela est bien cruel. N’est il pas encore plus cruel de ne pas avoir accès à des soins , même élémentaires , alors qu’ici nous disposons d’une noria de soignants dévoués -MERCI à eux- et d’infrastructures efficaces..
          Comme le dit la chanson, » on ne choisit pas les trottoirs de Manille de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher..
          D’ailleurs en parlant de trottoirs, où sont donc passés nos sans- abris?? En tous cas ils ont disparu de nos écrans..

          Retour en arrière:
          souvenons nous de la grande peste. Elle enfanta le merveilleux Quattrocento: la population, pourtant décimée, rebattit les cartes: le pouvoir et l’argent changèrent de mains au profit de gens éclairés, à la suite de quoi l’homme fut remis au centre.
          Le coronavirus pourrait -il aussi engendrer son œuvre ?

          Je propose de revenir à la peur..
          «  rien ne rapproche plus les êtres que la peur » nous dit Marguerite Yourcenar.
          Et bien les amis, ayons peur , oui ayons peur ensemble, mais surtout, ayons peur que rien ne change.

          Pascale Laage

          1. Bonsoir Pascale,

            J’ai hésité à vous répondre, non pas que je n’aie rien à rajouter à votre commentaire-ce serait mal me connaître- mais surtout parce que je n’aimerais pas parodier le petit doc’ sur la collapsologie….
            Alors je me contenterai de faire deux remarques :
            -la première qui n’est pas de moi mais de Franklin D. Roosevelt : « La seule chose dont nous devons avoir peur, c’est la peur elle-même »…Le champ de la réflexion est ouvert!
            -La deuxième c’est que le Covid touche indifféremment petits et grands, riches et pauvres, puissants et indigents…Boris Johnson en a réchappé, Christophe y a succombé. Tel La Fontaine dans les animaux malades de la peste  » Tous ne mouraient pas, mais tous étaient touchés »
            Sur le fond, bien sûr, mieux vaut être possédant dans un pays riche , que démuni dans un pays subsaharien….La Palisse quand tu nous tiens!
            Bonne soirée!
            Jacques

  2. Bonjour,
    Je conseille la lecture – parmi tant d’autres- d’un article de Natasha Tatu (l’obs) intitulé: 
    « le covid 19, une maladie de pauvres. »
    Ou encore, les travaux du chercheur Lucas Chancel : si le virus peut toucher tout le monde,
    son impact est pire dans les milieux défavorisés.
    Homme de terrain, Nicolas Clément , responsable au secours catholique, s’inquiète de la fermeture du métro qui mettrait 300 personnes de plus à la rue à Paris ( 160 000 sans abris en France).
    En Suède, on constate les ravages du covid dans les banlieues où se concentrent les immigrés : la mauvaise maîtrise de la langue
    ne leur aurait pas permis de suivre les instructions- alors qu’il n’y a pas de confinement..
    Voir aussi les nombreuses prises de position de l’Oxfam.
    Etc etc…
    Alors effectivement, il vaut mieux être riche et bien portant ..
    Et se souvenir du proverbe breton
    (Pierre-Jakez Helias dans » Le cheval d’orgueil » ):
    «  il était en bonne santé quand il tomba malade et malade quand il mourut. »
    Pascale Laage

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