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↬ café-philo du mardi 29 mars 2022 : politique et philosophie "La cité juste est-elle une utopie ?" ✎ Jacques Eskénazi

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«Mieux penser pour mieux vivre : le café philo de Royan»

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Philosophie et politique : la cité juste est-elle une utopie ?


Avant propos :

  • Mais aussi avertissement préliminaire : un café philo n'est pas une réunion électorale, ni une confrontation géopolitique...L'objet principal de notre débat, en dehors de toute mouvance politique, c'est d'analyser s'il existe des passerelles entre la pensée philosophique et la «Praxis» politique.

  • Si nous arrivons à établir ces passerelles entre (...par exemple...) Jean Luc Mélenchon et Platon, Fabien Roussel et Karl Marx, Valérie Pécresse et Alexis de Tocqueville, Yannick Jadot et Jean Jacques Rousseau, alors nous pourrons nous féliciter d'avoir gagné notre pari...mais pas avant!

  • Il n'est pas question de dresser un état exhaustif de la pensée des auteurs cités. Comment pourrions nous analyser l'ensemble de l’œuvre de Marx, de Tocqueville ou de Machiavel en quelques lignes ? Mission impossible bien sûr, mais nous essaierons de mettre en valeur les principales têtes de chapitre...

  • En revanche, si j'ai pu inciter certains d'entre vous, pendant ce 10ème café philo, à explorer plus complètement la pensée de l'un ou l'autre des auteurs cités, alors ne vous gênez pas : il y a de quoi faire!

  • Pour ouvrir largement le débat, je me suis efforcé de titrer les sous-chapitres avec un point d'interrogation. La porte est ouverte à toutes les réponses...

  • Enfin, il nous faudra avoir constamment en tête le contexte historique, social et bien sûr politique qui a bercé toutes ces réflexions : on pourrait par exemple se demander si Marx publierait «Das Kapital» en 2022...

Bonne réflexion !


PS : J'aurais bien sûr souhaité que nous puissions profiter des prospectus-programmes des candidats . ...



La politique est-elle à la philosophie ce que la musique militaire est à la musique ?

Qu'est ce que la «Cité juste» (….A nos yeux de modernes, l'état idéal…) ?

De «La République» de Platon aux théoriciens contemporains, on peut retenir que sa définition procède d'un chemin long, sinueux et parsemé d'embûches. Toutes les théories y sont passées, des plus farfelues aux plus élaborées. On peut citer pêle mêle : la naissance de l'idée démocratique, les théories totalitaires, le marxisme et le communisme, le socialisme, l'anarchisme, l'aristocratie et le régime censitaire, la monarchie absolue (...ou éclairée...), le despotisme et la tyrannie, voire le nihilisme! J'évoquerai également, mais uniquement en filigrane, la théorie du messianisme politique ou de l'homme providentiel : «moi ou le chaos»....

Mais surtout peut-être est ce mission impossible que de mettre en balance la pensée philosophique et la «Praxis» politique ?

Concrètement : y a-t-il vraiment interférence entre les deux ?

Quelques mots d'explication :

-1- Quelles que soient les différentes manières d'aborder la réflexion philosophique, on se rend compte, au final, qu'elle a pour but fondamental de nous aider à vivre mieux, de nous aider à trouver le chemin de la vie bonne. Je rappelle d'ailleurs l'intitulé de notre café philo : «Penser mieux pour vivre mieux ».Certains, dont je ne suis pas, affirment même qu'elle peut nous préparer à mieux mourir...

-2- De la même manière, la mise en perspective des différents systèmes de pensée politique tout au long de l'Histoire nous conduit invariablement à la même conclusion : tout système politique a inévitablement pour effet d'instaurer, voire de justifier, la gouvernance d'une partie de la population -fût-elle minoritaire- sur l'autre partie - fût-elle majoritaire.

Exemple : la Monarchie et la prééminence aristocratique, le fascisme et la culture des élites, le communisme et la toute puissance de la collectivité sur l'individu....

Ce qui change d'un régime à l'autre, c'est la légitimité issue de la notion de Justice (….ce que nous verrons d'ailleurs plus loin...).

Alors, si la pensée philosophique est avant tout une pensée individualiste, quelle peut-être son influence -si elle en a- sur la réflexion politique ?

Avant d'aller plus loin, je vous propose d'appeler à notre secours nos contemporains.

Pour André Comte Sponville «Dictionnaire philosophique», p776 : « Qu'est ce que la politique ? C'est la vie commune et conflictuelle sous la domination de l'état et pour son contrôle (politique intérieure), entre états et sous leur protection (politique internationale). C'est l'art de prendre, de garder, et d'utiliser le pouvoir. C'est l'art aussi de le partager, mais c'est qu'il n'y a pas d'autre façon en vérité de le prendre ni de le garder».

Cette première définition de la pratique politique nous fournit un fondement solide pour notre débat : au départ de toute activité politique doit exister une communauté structurée, donc, dans son acception la plus évoluée, un état.

Luc Ferry rejette pour sa part une approche trop fermée . Pour lui la politique est auréolée de doute et de discrédit : «L'origine de ce mépris parfois haineux, nous dit-il, est directement liée au sentiment croissant de l'impuissance publique, de l'incapacité des politiques à régler les problèmes cruciaux du pays», et d'ajouter assez brutalement : « Nous sommes entrés depuis quelques années dans l'ère de la politique comme technique au sens philosophique du terme : une recherche de l'accroissement des moyens du pouvoir au détriment de toute réflexion sur les finalités» ( Les mots de la philo, P comme politique, P77 à 95)

En quelque sorte, le pouvoir pour le pouvoir....Une notion que nous retrouverons avec Machiavel!

Reste qu'il nous faut également évoquer le deuxième volet -essentiel- de notre débat : « Une cité juste est-elle utopique» ?

Celui qui, je crois, répond le mieux à notre interrogation c'est, une fois de plus, André Comte Sponville. Ecoutons le : « Utopie : ce qui n'existe nulle part (en aucun lieu : u-topos). Se dit spécialement des sociétés idéales...Une utopie ce n'est pas seulement un projet de société qui semble présentement impossible, c'est une société parfaite qui ne laisserait rien à transformer. Ce serait la fin de l'Histoire, la fin des conflits, comme une espèce de paradis collectif, quelque chose comme un Club Méditerranée définitif. Cela devrait nous dissuader d'y croire, et même d'y réver». (Dictionnaire philosophique, P1032)


L'éthique philosophique

Je vous propose, arbitrairement bien sûr, mais il faut bien un schéma conducteur, trois axes de réflexion, plus ou moins chronologiques d'ailleurs.

-1-Les précurseurs (Platon, Machiavel, Montesquieu, Rousseau) «Un philosophe devenu roi pourrait-il être un roi philosophe ?» Platon, 427-347 avant JC (La République)

Je ne résiste pas au plaisir de convoquer à notre débat notre bon vieux Platon, même si l'un des seuls qui ait réussi à faire l'amalgame, à ma connaissance, c'est l'empereur-stoïcien Marc Aurèle.

Ceux qui étaient présents lors de notre dernier café philo sur la philosophie grecque savent à quoi s'en tenir sur ce que je pense de son enseignement. Pourtant, faire appel à lui, c'est faire appel à l'une des premières réflexions structurées sur la politique - en quelque sorte une philosophie première- et son rapport au pouvoir .

Nous nous aiderons pour cela des planches de dessin ci-jointes de Jean Harambat «La République» d'après Platon.

Voici donc ce qu'on peut en tirer :

P39 : «Une cité est juste si chacune des trois composantes -gardiens, artisans, gouvernants- fait son œuvre propre. La justice est requise dans toutes les parties, mais elle a un caractère différent dans chacune des classes»

P57 : «Il y a cinq espèces de cités. Les caractères de l'âme sont aussi au nombre de cinq : la cité aristocratique, la constitution spartiate ou timocratie, l'oligarchie, la démocratie, la tyrannie»

P75 : «C'est dans le ciel que cette cité trouve son lieu. Peu importe qu'elle existe quelque part, il suffit de s'en faire soi-même l'habitant»

La cité juste devient ainsi une métaphore chère à la philosophie platonicienne. C'est à l’intérieur de nous même qu'il faut tenir bon, ne pas céder : juger par la tête, lutter par le cœur, se contenter par le ventre.

Sans vouloir influencer sur le débat à venir je formulerai trois observations :

-1-* Comme nous l'avions déjà constaté auparavant, la cité idéale de Platon est inégalitaire, c'est une société de classes.

-2-* C'est une cité utopique

-3- *Retenons néanmoins qu'il a eu le mérite, il y plus de 2000 ans, d'énumérer les principaux types de régimes politiques tels que nous les avons connus tout au long de l'Histoire...


«La fin justifie-t-elle les moyens ?»- Nicolas Machiavel (1469-1527) et la volonté du Prince

Autant vous l'avouer d'emblée, de tous les précurseurs que nous évoquons c'est celui qui a ma préférence. Pourquoi ? Parce que c'est un penseur «moderne». Il a été en effet le premier à séculariser la chose politique : n'oublions pas que l'époque est encore fortement influencée par le pouvoir religieux, et que toute légitimité ne peut émaner que de la puissance divine.

Mais là où Machiavel peut nous paraître parfaitement contemporain, c'est quand il nous dit que la véritable question en politique c'est comment prendre le pouvoir, mais aussi comment le garder.

La politique nous dit-il, se réduit aux techniques qui permettent de gouverner (Cf. la définition qu'en donne Luc Ferry). Il exclut de ce fait toute politique fondée sur un projet moral , et en particulier toute réflexion sur la cité «idéale» (Cf. «Utopia» de Thomas More)

Machiavel n'est pas machiavélique au sens que nous autres modernes donnons à ce terme : il est machiavélien (... pragmatique...), il prône ce qu'il appelle la vertu, c'est à dire l'opportunisme politique. Il n'y a pas de régime idéal, il y a des régimes correspondant aux circonstances du moment, que ce soit la monarchie absolue (...l'absolutisme...) quand la fin justifie les moyens, ou la République qui seule peut sauvegarder la liberté du peuple par ses contre-pouvoirs.

Pour dés lors conclure brièvement en tout cas sur Machiavel : morale (au sens philosophique du terme) et politique sont deux domaines distincts. En plagiant à ce niveau la pensée de Kant, on peut dire que pour lui l'action politique relève de l'impératif hypothétique, qui subordonne l'action à une fin extérieure (l'intérêt de l'état), et non de l'impératif catégorique, qui prescrit une action suffisante en elle-même.


«Esprit de la Constitution, es tu là ?» : Montesquieu (1689-1755) et l'Esprit des Lois

Montesquieu, c'est le siècle des lumières....Il condamne donc fermement le despotisme qu'il qualifie de régime brutal et simpliste, incompatible avec l'amour des hommes pour la liberté et leur haine contre la violence. Si l'humaniste qu'il est admire la démocratie antique, qui représenterait le régime idéal, il admet que ce régime puisse ne pas convenir aux grands états modernes.

Montesquieu c'est un constitutionnaliste....En fait, Montesquieu restera, tout au long de son existence, impressionné par la constitution anglaise de son temps, car il y trouve la preuve que ce régime complexe, d'apparence monarchique mais républicain en réalité assure l'équilibre des pouvoirs, l'exécutif, le législatif, et le judiciaire, sans lequel il ne peut y avoir de liberté.

Montesquieu c'est un pragmatique...Ce qu'il va retenir au final, c'est qu'il n'existe pas d'institution parfaite dans l'absolu : une constitution est bonne ou mauvaise par rapport aux traditions et à l'esprit général de la nation. Une constitution n'est pas un système abstrait mais un organisme vivant.


«I have a dream... La démocratie n'est-elle qu'un rêve ?» Jean Jacques Rousseau (1712-1778)- De l'état de nature à l'état de droit : le contrat social

Qu'est ce qui peut rendre l'autorité politique légitime, étant donné que les hommes naissent libres et égaux en droits ?

Pour notre rêveur solitaire, seul un pacte d'association, issu de la volonté générale, revêt cette légitimité et permet d'exercer cette souveraineté. La loi, unique pouvoir souverain en serait l'expression directe, et, obéissant à la loi, les hommes obéissent à une règle souveraine qu'ils se sont eux-mêmes fixés.Ils sont donc libres, et cette liberté est fondée sur la conscience de l'obligation librement consentie...

Mais le postulat de base -qui en fait malheureusement l'envers du décor- c'est que ce système implique que l'ensemble des citoyens participe à l'élaboration de la loi.

Il exclut donc «De Facto» la démocratie représentative au profit de la démocratie directe : dans la démocratie rousseauiste, ce n'est pas le parlement qui est le corps législatif, c'est le peuple tout entier....


-2- Les doctrinaires (Marx, Tocqueville)

Ce n'est bien sûr pas par hasard que j'ai réuni ces deux immenses penseurs sous la même rubrique. A cette différence près que la vision de l'un, (Marx) s'est avérée totalement erronée, voire tragique à l'épreuve de l'Histoire, et que la vision de l'autre (Tocqueville) n'a cessé de grandir en force durant la même période et ce, jusqu'à nos jours.


«Tout ce qui est à moi est à moi, tout ce qui est à toi reste-t-il encore à toi ?» Karl Marx ( 1818-1883) et l'illusion collectiviste.

Je ne parlerai pas ici de matérialisme historique ni de dialectique, d'autodestruction programmée du régime capitaliste, de lutte des classes comme sous jacent de l'histoire du monde, ni de plus value fondée sur la notion de travail social moyen...Ce qui «a priori» me paraît le plus pertinent dans le cadre de notre thématique c'est d'analyser au mieux si possible les raisons d'un échec sociétal : Marx c'est quand même et avant tout la volonté de passer d'une société de lutte des classes à une société sans classe. Et ça n'a pas marché !

Je reprendrai pour cela les raisons principales de cet échec telles qu'elles nous sont exposées par Luc Ferry ( «Marx et l'hypothèse communiste – Transformer le monde» le CD pp46- à 60 )

- *La signification véritable des «Droits Libertés» première raison de l'échec...

Marx s'est trompé sur la signification réelle des déclarations des Droits de l'homme de 1789 et de 1848 (liberté de circulation, liberté d'opinion, droit de ne pas être arrêté arbitrairement, droit de propriété…) : «Il fallait vraiment que Marx fût aveuglé par sa volonté acharnée de démontrer que les droits de l'homme ne visaient qu'à empêcher le prolétariat de nouer des rapports de forces favorables face aux capitalistes pour ne pas s'apercevoir que ces droits s'avéraient finalement beaucoup plus favorables à la résistance du monde ouvrier qu'au monde bourgeois lui-même»

- *Droit au travail et appropriation par l'état des moyens de production, thèse défendue par Marx dans «Les luttes de classes en France», deuxième raison de l'échec :

C'est, nous dit Luc Ferry, l'introduction du loup dans la bergerie : si le droit au travail devient un droit opposable à l'état alors le seul moyen d'y répondre c'est l'appropriation par l'état des moyens de production privés. Il s'agit là d'un aller simple vers le communisme et la dictature du prolétariat, seule manière d'extirper les derniers restes de la bourgeoisie. Mais la dictature du prolétariat, c'est aussi et avant tout une dictature, bien loin de l'idéal démocratique : on n'est guère loin dans cette hypothèse des prémices du totalitarisme!

L'Histoire l'a bien montré.....


«La démocratie, c'est où ? C'est en Amérique ?» Alexis de Tocqueville (1805-1859)

And the winner is....Marx et Tocqueville ne se connaissaient probablement pas, en tout cas ils n'ont jamais été invités à faire valoir leurs convictions sur TF1 ou BFMTV!

Il n'en reste pas moins que, aujourd'hui, alors que marxisme et communisme sont soigneusement rangés au rayon antiquités rares des librairies, la démocratie parlementaire libérale continue à faire de plus en plus d'émules.

Le coupable ? Alexis de Tocqueville, qui, à mon sens a formulé de la manière la plus précise qui soit les fondements mêmes de la démocratie parlementaire actuelle, à partir de ses deux analyses : «La démocratie en Amérique» et «L'ancien régime et la révolution».

Qu'est ce que la démocratie ? C'est à la fois un système social et une mentalité spécifique .

-*Un système social : la démocratie est une forme de société dans laquelle l'égalité est considérée comme une valeur essentielle, où la participation de tous aux affaires publiques est admise et garantie, et où la mobilité sociale interdit la constitution de catégories intouchables de privilégiés .

-*Une mentalité spécifique : l'idéologie démocratique est foncièrement individualiste. La croyance en l'égalité intellectuelle de tous et la passion commune pour la sécurité et le bien -être en sont les principales caractéristiques.

Certes, des dangers existent : la recherche de la valorisation personnelle et matérielle peut déboucher sur un égoïsme destructeur de tout lien social et de toute autorité. Car, paradoxalement, les mentalités individualistes encouragent un conformisme généralisé, et la tyrannie d'une certaine forme de majorité à l'origine d'un nouveau despotisme, «bienveillant» mais menaçant pour l'ensemble des libertés.

D'où la valorisation des contrepoids que nous connaissons bien aujourd'hui : division des pouvoirs, pluralisme politique, institutions représentatives, liberté d'association et indépendance de la presse …..

Que demander de plus ? Le plus c'est la Justice selon Rawls.....


«Justice ? Vous avez dit justice ?» - John Rawls ( 1921-2002)

C'est en 1971 que ce philosophe américain né à Baltimore publie son œuvre majeure «Théorie de la Justice» qu'il a d'ailleurs fait suivre plus tard d'une reformulation plus précise «Théorie de la justice comme équité». Une œuvre qui l'a catapulté, si j'ose dire, au rang des philosophes politiques les plus importants du 20ème siècle et qui justifie que je mentionne son apport ici de façon malheureusement très superficielle. Mais ceux d'entre vous que la question interpelle pourront se procurer facilement ces deux opus en livre de poche.

Que nous dit Rawls ? Il part de la conviction que dans une démocratie moderne, liberté et égalité doivent s'accorder. Alors que ce n'est pas forcément le cas : il semble en effet inévitable que le fonctionnement des sociétés fasse surgir des inégalités entre les citoyens, lesquelles se répercutent sur leur liberté réelle. Pour différentes raisons certains s'enrichissent quand d'autres s’appauvrissent. Ces inégalités sont elles acceptables ? Rawls démontre que la justice distributive exige une conciliation entre liberté individuelle et égalité sociale!

Reste en pratique à mettre en balance les différentes théories sur la justice pour en sélectionner la meilleure....Je citerai pour mémoire deux règles : la règle du maximin (maximum minimorum) et la règle du maximax (maximum maximorum) qui en fait servent d'étalon du rendement moyen attendu.

Le plus important à considérer à notre niveau, c'est le régime idéal qui serait de nature à favoriser la meilleure justice distributive possible. Et là on se rend compte que Rawls est très proche de ce que nous connaissons aujourd'hui en tout cas dans les démocraties parlementaires libérales : il préconise en fonction des circonstances un régime socialiste libéralisé ou ce qu'il appelle une démocratie de propriétaires....


Jacques Eskénazi

Royan, le 29 Mars 2022


PJ :

- Extraits de «La République» de Platon en bande dessinée

- Extraits de «Marianne» du 10 au 16 Mars «Ils auraient tant aimé en débattre»...


↬ café-philo du jeudi 18 novembre 2021 : " Mieux penser pour mieux vivre " ✎ Jacques Eskénazi

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( attention la séance commence à 17h. )

Le jeudi 18 novembre à 17h. au Garden Tennis,

" Mieux penser pour mieux vivre "

café-philo des rendez-vous littéraires de Royan :

" Platon, Aristote, les Stoïciens, les Épicuriens, Ésope... Leur pensée est-elle toujours actuelle ? "

présenté par Jacques Eskénazi.

- o - O - o -

Ci-dessous, l'exposé que notre ami Jacques Eskénazi en vue du prochain café-philo qu'il animera. Vous pourrez ainsi suivre le fil rouge du cheminement philosophique qui vous sera proposé lors de cette séance.



Mieux penser pour mieux vivre : le café philo de Royan

 

« Platon, Aristote, les Stoïciens, les Epicuriens, Esope....

Leur pensée est-elle toujours actuelle ?»


Avant-propos

 

-1- La philosophie grecque, telle que nous pouvons la comprendre aujourd'hui est un essai de spiritualité sans Dieu, mais en composant avec les dieux. C'est une spiritualité laïque, ancrée dans le siècle.

 -2- Elle nous fascine aujourd'hui encore malgré ses imperfections ou incohérences car elle a été la première à donner (...voire imposer...) une vision globale du monde et de la connaissance

 -3- Chacun des penseurs que je cite peut faire à lui seul l'objet d'une vie entière d'étude. D'ailleurs nombreux sont aujourd'hui ceux qui se revendiquent de la seule pensée de Socrate, Platon, Aristote, 

ou Epicure. Ce ne sera pas notre cas !

 -4- Nous restreindrons volontairement notre champ d'investigation (...la matière est d'une richesse infinie...) et analyserons quelques tendances «lourdes» tirées de leur enseignement. Nous essaierons d'en tirer la « substantifique moelle » que nous « frotterons» aux enjeux du siècle dans lequel nous vivons. Peuvent-ils nous aider à résoudre les défis actuels que sont le réchauffement climatique, l'écologie, la juste répartition des richesses et la mondialisation, la place de la femme dans la société, la recherche du bonheur individuel et collectif...? Ce sera notre « fil rouge », et, me semble-t-il, tout l'objet d'une discussion de café philo !

 -5- « Last but not least », je me suis efforcé de ne pas émettre d'opinion personnelle pour ne pas influencer le débat et les idées. Vous admettrez néanmoins que je puisse ne pas être d'accord avec Platon quand il me parle de sa cité juste, ou avec Epictète quand il me dit ne rien ressentir la jambe brisée....

                                                                                                                       Bonne réflexion !


Tout ça pour ça ?


            Se poser la question de savoir si, 25 siècles après la naissance de Platon (-427-347 avant JC), l'apport philosophique des penseurs de l'Antiquité est encore valable, peut apparaître comme une forme de paradoxe. Je résumerai ce paradoxe : nous sommes au 21ème siècle, l'humanité n'aurait-elle réfléchi à sa condition pendant 2500 ans que pour en arriver au point de départ?

            Avant de rentrer dans le détail de ce qui constitue le thème d'aujourd'hui, il me paraît essentiel de préciser ce que l'on a pu qualifier de «Miracle Grec» c'est à dire le passage de la mythologie la plus débridée à la tentative la plus sage, la plus raisonnable, la plus rationnelle, de compréhension de la place de l'individu dans le monde, le cosmos, c'est à dire le passage du mythos le mythe, au logos, la raison.

            Il nous faut partir de deux textes fondateurs essentiels : «La théogonie» d'Hésiode (7ème siècle avant JC) et «L'Odyssée» d'Homère. Je rappelle que «Odyssée» signifie Ulysse en Grec: il s'agit donc de l'épopée d'Ulysse et de son retour à Ithaque à la fin de la guerre de Troie.

            En quoi ces textes peuvent-ils être considérés comme fondateurs ?

            La Théogonie (...la naissance des dieux...) c'est, vue par un poète, l'origine de la création du monde (...le cosmos...) et la naissance des dieux. C'est une histoire magnifique, pleine de luttes, de bruit et de fureur que nous aborderons un jour peut-être ! Pour l'heure, nous retiendrons simplement que Hésiode part du chaos (...le noir absolu, le néant, l'Apeiron en grec...) pour en arriver à Zeus et aux autres dieux matérialisés par leur amalgame avec le cosmos : Poséidon dieu de la mer, Déméter déesse des moissons, Hadès dieu des enfers, etc....

            Mais pour en arriver là il aura fallu passer auparavant par Gaïa, la terre, Ouranos, le ciel, Chronos, le fils de Gaïa, (...on peut rappeler l'épisode de la serpette...), les Cent Bras (...les Hécatonchires...) les Titans...

Quant à l'Odyssée, c'est le retour d'Ulysse à Ithaque, son île, après maintes péripéties (...Calypso, Circé, Charybde et Scylla...). Ulysse revient à Ithaque parce que c'est là qu'est sa vraie vie !

            Au final, il nous faut retenir l'enseignement majeur de la mythologie grecque avant que celle-ci ne se rationalise : toute l'histoire de l'humanité se résumerait au passage du chaos à l'harmonie avec le cosmos, à la vie bonne et juste, à la sagesse, en prenant garde de ne pas sombrer dans l'Hybris, la démesure.

            Je cite Luc Ferry : «La vie bonne, c'est la vie en harmonie avec le cosmos, autrement dit en harmonie avec l'harmonie universelle du monde»


De la caverne au royaume de l'Idée : l'Académie de Platon (-427-347 avant JC)


            Élève de Socrate qui, lui, n'a laissé aucun écrit, son enseignement tient pour l'essentiel dans les dialogues que Socrate est censé avoir eus avec ses élèves («Apologie de Socrate», «Protagoras», «La République», «Le Timée», «Le Banquet»...). On peut dire de Platon qu'il a été en quelque sorte le «père fondateur» de la philosophie moderne, pour avoir tenté, le premier, de systématiser l'expérience de la connaissance humaine.

Idée ou idées?

            Bien sûr, ce qui illustre le mieux la pensée platonicienne, c'est l'allégorie de la caverne. Vous la retrouverez en entier dans «La République», Livre7. Socrate s'adresse à Glaucon et lui dit en substance : «Imagine que tu aies vécu dans une caverne isolée de la lumière. Tu vas t'imaginer ce qu'est le monde au-dessus. Tu verras des ombres s'agiter, et tu penseras identifier ce qui n'est qu'une apparence, mais, quand tu seras au-dessus, quand tu remonteras, tu seras aveuglé et tu ne reconnaîtras plus rien. Il te faudra faire un effort pour accoucher dans la douleur de la vérité qui te mènera vers le souverain Bien ( c'est l'anamnèse ou remémoration) ». C'est ce que Platon nomme la montée de l'âme (...le sensible...) vers l'intelligible. Le monde est donc d'abord intelligible par l'âme avant qu'elle ne s'incarne dans le corps humain. C'est le fondement même de sa philosophie de la connaissance.

                                    L'idée platonicienne n'a rien à voir avec les idées au sens actuel : pour Platon en effet tout ce qui existe sous forme temporelle n'est qu'un symbole ou une approximation de quelque chose qui «est» véritablement, et que seule l'âme la plus parfaite peut appréhender.

La cité juste est aristocratique

            Pour ceux d'entre vous qui veulent approfondir le thème, il faut lire «La République» bien sûr, mais aussi la BD de Jean Harambat sortie il y a quelques jours.

            Comme tous les hommes de la Grèce antique, Platon est un citoyen engagé. Il ne cache pas ses convictions sur ce que doit être la cité idéale...Son éthique est bien sûr profondément aristocratique, car elle est le reflet de la cité athénienne de l'époque !

                                    Qu’est-ce que la «Cité Juste»? Trois classes composent la cité idéale, à l'image du corps humain: les magistrats (la tête), les guerriers (le cœur) et les esclaves ou producteurs (en gros, ce qu'il y a sous la ceinture...).La démocratie est le pire des régimes possibles....

            Un certain nombre de conséquences en découlent : la cité idéale est totalitaire et seul le «philosophe roi» peut en être à la tête car il cumule intelligence et sens politique. Quant aux femmes, sa pensée est tout simplement délirante à ce sujet au vu des canons actuels. Dans la société athénienne la femme est structurellement invisible, elle n'existe quasiment pas. Platon propose en plus la possession communautaire de la femme entre citoyens pour éviter tout népotisme..

Discours philosophique versus discours sophiste

            Tout n'est pas à jeter bien sûr chez Platon dont la pensée nous interpelle malgré nous. Son apport majeur me semble-t-il c'est son opposition aux sophistes, dont le discours peut paraître brillant mais sans réelle portée pratique ni scientifique (philosophique).                     

            Qu'est-ce qu'un sophisme ? Pour aller à l'essentiel : c'est un raisonnement dialectique qui à première vue peut paraître parfaitement sensé mais qui conduit à une conclusion fausse. Ainsi le sophisme de la vérité : «Nous ne pouvons pas connaître la vérité, disent les sophistes, car, si nous la connaissions nous ne la chercherions pas, et si nous la trouvions nous ne la reconnaîtrions pas».

Raisonnement brillant mais peu scientifique pour Platon puisque nous la connaissions déjà......

                        Nous allons retrouver tout cela - en mieux si j'ose dire - chez Aristote....


«Ce qui est léger doit monter, ce qui est lourd doit descendre»

                    le Lycée d'Aristote (-384-322 avant JC)


            Il a commencé par être l'élève de Platon et a même pensé à le remplacer à la tête de l'Académie. Puis il a créé, si j'ose dire, sa propre mouvance : le Lycée, que certains ont même surnommé «Les péripatéticiens» car ils réfléchissaient en marchant...

            Après la disparition de son maître, Aristote a élaboré son propre système de pensée à partir d'un genre philosophique nouveau, le traité, qui a détrôné les autres formes d'expression philosophique, et notamment les «Dialogues» de Platon.

Nous retiendrons ici aussi quelques ouvrages majeurs : «L'Organon», «La Métaphysique», «La Physique», «Les Politiques», «L’Éthique à Nicomaque»...

            Sa démarche se différencie radicalement de celle de Platon, au moins dans un premier temps, car il n'oppose pas monde intelligible (rationnel) et sensible (idéel). Pour lui, il y a la forme (...un chien, un arbre...) et la matière (...le marbre, le bois...). Quelle que soit la manière dont on se représente quelque chose ou quelqu'un (une statue en marbre par exemple), la matière sera toujours la même.

            De même que l'Idée m'a semblé être le fil conducteur de la pensée platonicienne, la physique me paraît être celui d'Aristote...                

La nature est le principe même du mouvement

            Là vous comprendrez aisément qu'il y a des années-lumière entre Aristote et le 21ème siècle...Pour lui l'univers est clos et merveilleusement harmonieux, parfaitement organisé : chaque chose est à sa place. C'est un monde hiérarchisé dans le sens où par nature il y a des êtres ou des choses qui sont faits pour être en bas, et d'autres pour être en haut. Les flammes d'un feu par exemple sont faites pour monter, une pierre par nature est faite pour aller vers le bas.

            Du fait que ce monde est clos, il y a une gauche et une droite absolues (...Qui se souvient des Shadoks ?...)


Une éthique aristocratique

            La hiérarchie politique, juridique et morale ne peut alors que refléter la hiérarchie naturelle des êtres dans le cosmos : c'est le fondement cosmologico-éthique de la philosophie aristotélicienne.

D'où, l'idée qu'il existe une hiérarchie naturelle des êtres : la cité juste d'Aristote est une cité où, par nature, il y a des êtres faits pour être en haut (les sages), des êtres faits pour être en bas (les esclaves) et, au milieu, toute une hiérarchie de gens communs.

Aristote, philosophe de la vertu

            De ce paradigme naît un constat : la vertu (l'excellence) c'est le juste milieu. Aristote est le philosophe de la médiété et il part pour cela d'un constat pour le moins troublant à nos yeux de modernes : un œil vertueux est un œil qui n'est ni myope ni presbyte, un cheval vertueux est un cheval qui n'est ni téméraire ni lâche...

            Je conclurai ces quelques lignes sur Aristote par deux pensées complémentaires :

            - l'homme bien né, l'aristocrate, ne travaille pas (...mais ça c'est une constante de la pensée grecque antique...)

   l'homme est un animal politique, il appartient à la Cité, il a besoin des autres pour évoluer et s'épanouir car il est doté du langage qui lui permet de se faire comprendre du reste de la Cité. «Celui qui est hors cité, naturellement bien sûr, et non par le hasard est soit un être dégradé soit un être surhumain. Il est sans lignage, sans loi, sans foyer»

            Nous allons voir maintenant comment Stoïciens et épicuriens ont essayé de dépasser la simple compréhension du monde pour définir les conditions de la vie bonne sur terre...


«Même pas mal!» Épictète et les Stoïciens


            Bien que ce soit Zénon de Cittion (-336-264 avant JC) et non Épictète qui soit considéré comme le précurseur de la pensée stoïcienne (les Stoïciens tirent leur nom de la Stoa, le portique en grec), c'est à dessin que j'évoque le nom d’Épictète ((50-125 après JC). Pourquoi ?

            Il illustre merveilleusement à mon sens ce que l'on considère généralement comme une attitude typiquement stoïcienne, ou stoïque...On raconte en effet qu’Épictète, esclave d'un maître romain dur et injuste (un certain Epaphrodite ancien garde du corps de Néron), disait pouvoir éprouver toutes sortes de tortures. Pour l'éprouver, son maître aurait entrepris de lui briser la jambe, ce qu'il supporta, dit-on, sans broncher. Méfions nous cependant des rumeurs non vérifiées : comme nos «fakes», elles ont la vie dure!

            Nous retiendrons néanmoins d’Épictète son «Manuel» d'une lecture particulièrement facile et qui, comme la Bible par exemple dans un autre registre, avait pour but de tenir dans la main et de servir à tout moment de boussole spirituelle.

            Que nous enseignent les stoïciens ? (D'ailleurs romains pour la plupart : Sénèque, Marc Aurèle, Cicéron...). Si je voulais résumer leur pensée de manière lapidaire, j'emprunterais au Manuel sa première phrase d'introduction :

                                    «Parmi les choses qui existent certaines dépendent de nous, d'autres non. De  nous dépendent la pensée, l'impulsion, le désir, l'aversion, bref tout ce en  quoi c'est nous qui agissons: ne dépendent pas de nous le corps, l'argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n'est pas nous  qui agissons»

            On ne peut bien sûr en rester là mais on peut en tirer les éléments principaux de la pensée stoïcienne


Une pensée déterministe

            La pensée stoïcienne est une pensée déterministe: le hasard n'existe pas. Chaque événement se produit de manière entièrement déterminée. Il n'y a pas de mystère dans l'Univers, tout est explicable.

            Puisque la liberté extérieure n'existe pas, elle ne peut être qu'intérieure, c'est notre «Citadelle intérieure». Ce que confirme Sénèque : «Les destins conduisent ceux qui les acceptent et traînent ceux qui les refusent». Une pensée  reprise par Descartes «Mieux vaut changer ses désirs que l'ordre du monde». Il faut accepter son sort, c'est «l'Amor Fati» de Nietzsche.

 

Vivre en accord avec la nature

            Le but de la morale stoïcienne c'est, bien sûr, comme l'ensemble de l'enseignement de la philosophie grecque de vivre en accord avec le cosmos (...notre environnement...)

 

La mort n'est qu'un passage

            La mort est le moment où l'être humain se fond dans le cosmos...Disons que c'est une stratégie intellectuelle ( ...un tour de passe passe...) destinée à faire disparaître la peur de la mort...

 Qu'en penser ?

            Aujourd'hui rien de tout cela ne semblerait révolutionnaire si les Stoïciens n'y avaient ajouté leurs exercices.... La philosophe grecque, et, plus encore, stoïcienne, n'est pas une scolastique (...un exercice de pure pensée intellectuelle argumentée...), c'est une philosophie appliquée !

Les exercices stoïciens :

   Vivre au présent: c'est le fameux «Carpe diem» romain

   Repousser l'espérance: Si j'espère (...la santé, la richesse, le bonheur...) c'est que je ne les possède pas.

   Ne s'attacher ni aux choses ni aux êtres car nous savons qu'un jour nous les perdrons. «Quel mal y a-t-il à murmurer entre ses dents tout en embrassant son enfant: demain, il mourra!»


Le bonheur? Que du plaisir! Épicure et son jardin


            Deux noms auront marqué la naissance du mouvement épicurien : Épicure bien sûr ( -341-270 avant JC) et son école «Le Jardin» et Lucrèce à Rome (-98-55 après JC) «De Natura rerum»

Nous n'avons malheureusement gardé que peu de traces de ses écrits, le plus célèbre étant «La lettre à Ménécée» qui résume sa morale, à vrai dire l'aspect de son héritage qui nous intéresse aujourd'hui à plus d'un titre....

La physique épicurienne

            Ce qu'on peut dire en premier de l'épicurisme, c'est qu'il s'inscrit pratiquement à l'opposé du stoïcisme...Les Épicuriens s'inscrivent dans une perspective «atomiste» : pour eux l'Univers est un tissu d'atomes dont le mouvement constant forme les choses et les êtres, quand les stoïciens y voient un corps harmonieux et cohérent.

            Les Stoïciens, on l'a vu, prônent une attitude de détachement pour échapper aux douleurs et construire en quelque sorte sa citadelle intérieure. Les épicuriens pour leur part ont formulé plusieurs séries de principes pour atteindre la sagesse

Le quadruple remède (le tetrapharmakos):

-1- Les dieux ne sont pas à craindre car ils ne s'occupent pas de nous,

-2- La mort ne doit pas nous effrayer, car, quand les Stoïciens disent: la mort n'est qu'un passage, les Épicuriens répliquent : la mort n'est rien pour nous, car, quand nous sommes, la mort n'est pas présente, et quand la mort est présente, c'est nous qui ne sommes pas 

-3/4 - Le bien étant facile à acquérir et le mal facile à éviter on doit parvenir au bonheur simplement.

....C'est ce qui nous est resté, mais pas que....

La question du plaisir

            Contrairement à l'opinion la plus répandue, l'épicurisme n'est pas une philosophie des plaisirs à tout prix. C'est au contraire un éloge de la frugalité, et ils peuvent être classés en trois catégories : il y a les plaisirs naturels et nécessaires, les plaisirs naturels et non nécessaires, enfin, les plaisirs vains, non naturels  et non nécessaires. Le bonheur épicurien c'est de mesurer justement ce plaisir et de résister à l'addiction. «La spirale des plaisirs artificiels nous rapproche de la mort et nous procure un état d'insatisfaction perpétuelle» (Luc Ferry)


La Fontaine a-t-il plagié Ésope ?

            Probablement pas, ou en tout cas, pas complètement...Mais, me direz-vous, pourquoi intégrer un fabuliste à ce symposium de penseurs ?

            Je ne pouvais en tout cas pas le passer sous silence, Ésope ( 6ème siècle avant JC) étant dépositaire d'une certaine forme de morale voire d'éthique, dont l'apport s'apparente à la recherche philosophique.

            J'appelle La Fontaine au secours :

                                    «Quant à Ésope, il me semble qu'on le devrait mettre au nombre des sages  dont la Grèce s'est vantée, lui qui enseignait la véritable sagesse, et qui l'enseignait avec bien plus d'art que ceux qui en donnent des définitions et  des règles»

            Le droit de réponse d' Ésope «Le corbeau et le renard»

                                    «Un corbeau déroba un morceau de viande et alla se percher sur un arbre. Un renard l'ayant aperçu, voulut se rendre maître du morceau. Posté au pied  de l'arbre, il se mit à louer la beauté et la grâce du corbeau : «A qui mieux qu'à toi convient-il d'être roi? En vérité tu le serais si tu avais de la voix !»

                                    Le corbeau voulant lui démontrer qu'il n'en était pas dépourvu laissa tomber  la viande et poussa de grands cris. L'autre se précipita, s'empara de la viande  et dit : « Corbeau, si tu avais aussi de l'intelligence, il ne te manquerait rien pour être le roi des animaux»

                                                                       Avis au sot....


So what ?


            Alors, bien sûr, comme dans tous les autres cafés philo je me suis efforcé non pas de trouver LA vérité ( celle dont parle Platon ), n'ayant pas de caverne à ma disposition, mais plutôt de chercher les clés pour la trouver...

                                               Alors que dire ?

            Tout n'est pas à jeter dans la philosophie grecque, elle n'est tout simplement plus, à mon sens, la réponse adaptée aux enjeux du 21ème siècle...

            Quand Platon me parle de la cité juste et de la place des femmes dans la société par exemple, il est le juste représentant de la société de son temps: esclavagiste, élitiste, misogyne, et xénophobe.

            Quand il me parle de la descente de l'âme (l'essence de la connaissance) dans le corps je suis en droit d'être sceptique...

            Quand Épicure me dit que la mort n'est rien pour nous car quand elle sera là nous ne serons pas, il me fait un peu penser à Woody Allen: «Je n'ai pas peur de la mort, je voudrais juste ne pas être là quand ça arrivera»

            En revanche, quand Épictète me demande de travailler ma «Citadelle intérieure» pour être plus fort face aux attaques de la vie, ou quand Épicure me demande de résister aux excès du consumérisme, alors là nous nous rapprochons des courants de pensée actuelle...

Une chose me paraît sûre : c'est une philosophie première (une méta philosophie ?) qui a essuyé les plâtres de la réflexion moderne, et qui n'a peut-être pas eu le temps de s'affiner, les Romains ayant pris le dessus, avant l'avènement du monothéisme et des religions révélées....

  

                                                                                               Jacques Eskénazi

                                                                                               Royan, le 18 Novembre 2021


↬ Faut-il libérer le désir …ou se libérer du désir ? > café-philo des RdV littéraires de Royan du 28 mai 2021 ✎ Jacques Eskénazi

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Pour ce premier café philo depuis bien longtemps je voudrais vous soumettre la citation que je considère comme la mieux adaptée à l'activité philosophique, et que j'ai récupérée lors d'une émission de François Busnel (...je ne pense pas qu'elle soit de lui mais peu importe l'auteur...): « Philosopher, déclarait-il en préambule d'une de ses émissions, c'est mieux penser pour mieux vivre »...Ce n'est pas le thème de notre réunion d'aujourd'hui donc je ne m'y attarderai pas. Nous y réfléchirons ensemble une autre fois si vous le souhaitez, mais en attendant convenez que cette définition nous sera certainement d'un grand secours pour aborder le thème du désir...

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> Peut-on apprivoiser le temps ? ✎ Jacques Eskénazi

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          Pour lancer notre débat de la manière la plus simple possible je dirai que notre rapport au temps relève de la plus totale incompréhension... « En apparence, nous dit Etienne Klein, il est aussi banal que les mots pain ou table, mais cette proximité familière ne résiste pas longtemps à l'exploration» ! Et de citer Saint Augustin  « Quand on ne me le demande pas, je sais ce qu'est le temps; quand on me le demande, je ne le sais plus»... Paradoxe troublant et pourtant imparable...

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↬ Collapsologie : vraies peurs et vraie responsabilité > café-philo des RdV littéraires de Royan d'avril 2020 ✎ Jacques Eskénazi

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«La seule chose dont nous devons avoir peur, c'est la peur elle-même»
Franklin D. Roosevelt

La peur d'un arrêt brutal, voire durable, de notre forme de civilisation fait de plus en plus d'émules et pose question :

– La civilisation que nous avons créée est-elle pérenne ?
– Peut-elle s'effondrer du jour au lendemain et si oui, comment et pourquoi ?
– Aurions nous créé un système de vie globale tellement fragile que le moindre incident  est susceptible de bloquer toute la machine et de remettre en question ses fondements ?

Le COVID 19 est dans toutes les pensées. Il me paraît inutile, voire ridicule, de le nier. Mais nous ne sommes pas là pour pour évoquer cette pandémie (...pour cela, se référer aux JT...) mais pour  aller au delà de la simple émotion du moment. La réflexion philosophique est une réflexion menant à la sagesse, à «la vie bonne». Il s'agit donc pour nous d'aller au-delà de l'émotion immédiate, en quelque sorte de prendre recul et hauteur mais pas trop : si l'on recule trop, on risque de tomber à la renverse, si l'on prend trop de hauteur on risque de ne plus rien voir. «In medio stat virtus»

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