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> Billy Wilder et moi de Jonathan Coe ✎ Danielle Guérin-Rose

Rédigé par webmestre 1 commentaire
Classé dans : littérature Mots clés : aucun

D’un plateau l’autre.

On pourrait presque écrire que le dernier roman de Jonathan Coe, Billy Wilder et moi  est d’abord un vibrant hommage au Brie de Meaux, mais ce ne serait pas lui rendre justice, même si on y trouve un magnifique éloge du fromage français, qui constitue un remarquable moment d’anthologie à classer dans les annales. Ces pages savoureuses, où le vieux réalisateur, en chemin pour tourner la dernière scène de son film, s’arrête dans une ferme de Seine et Marne, pour déguster, en compagnie de sa jeune interprète, ce délice digne des Dieux, quitte à se mettre en retard pour la première fois de sa vie, alors que toute son équipe l’attend, sont à recommander à tous les amateurs de fromage, de littérature et de bon vin. Je suggère d’ailleurs aux producteurs de Brie reconnaissants de faire parvenir à l’auteur un énorme plateau des différentes sortes de Brie en remerciement de ses éloges gustatifs.  

Billy Wilder et moi est surtout un superbe hommage au cinéma, plus spécialement à celui des glorieuses années hollywoodiennes du début des années soixante, et au réalisateur Billy Wilder, vu à travers les yeux d’une jeune interprète grecque, au moment où le metteur en scène vieillissant et qui n’a plus rien tourné depuis des années, s’attaque à ce qui sera son avant-dernier film, « Fédora », portrait d’une actrice culte tombée dans l’oubli, œuvre mythique pour les uns, plus ou moins ratée pour les autres.

C’est par le plus pur des hasards que Calista, la jeune héroïne du roman, qui a quitté sa Grèce natale pour un voyage, sac au dos, à travers les Etats Unis, se retrouve attablée avec une éphèmère  amie de rencontre (dont le père connait le réalisateur) dans un très chic restaurant français de Los Angeles, avec Billy Wilder, son fidèle scénariste, Iz Diamond, et leurs épouses respectives. Calista ignore absolument tout du monde du cinéma et n’a aucune idée de la notoriété de l’homme qui a tourné des films aussi célèbres que « Certains l’aiment chaud » ou « Sunset Boulevard ». Pourtant, séduit, peut-être, par sa fraîcheur et son ingénuité, et parce qu’il a besoin autant d’un œil neuf que d’une interprète pour le film qu’il veut tourner et dont plusieurs scènes se déroulent en Grèce, il l’engage des années plus tard dans son équipe. C’est le début, pour Calista d’une aventure incroyable, qui la mènera des îles grecques à Munich et à Paris, dans les coulisses du tournage d’un film inclassable.

Jonathan Coe nous permet de nous glisser dans l’intimité d’un plateau, et dans celle d’un cinéaste vieillissant qui se sent dépassé par la relève des « barbus », la jeune génération des Coppola et des Spielberg, lequel finira par réaliser le film que Wilder rêvait de faire, l’adaptation de La liste de Schindler, dont il fera un chef d’œuvre.

Car si Billy Wilder est un homme élégant, gai et plein d’humour, il porte en lui une blessure secrète qui date du temps où, en Allemagne, juste après la guerre, il a découvert l’horreur à l’état pur en visionnant des dizaines de bobines tournées dans les camps de la mort, lui qui, d’origine autrichienne, n’a jamais revu ni sa mère, ni aucun des siens, dont il cherche encore désespérément la trace dans les visages des suppliciés.

Non seulement, Billy Wilder et moi est un indéniable hommage au cinéma – où on croise William Holden, Marthe Keller ou Al Pacino – mais c’est une œuvre où court en filigrane le fil sombre de l’Histoire, et celui du temps qui passe, n’épargnant personne, pas même les plus grands, un livre plein de tendresse (on retiendra l’amitié fidèle et touchante qui unit Wilder et son scénariste Diamond) et de mélancolie douce. C’est aussi le récit d’une éducation et d’une initiation qui transforme une jeune fille intelligente mais plutôt inculte, en une compositrice de musiques de films qui eût son heure de gloire et qui, des années plus tard, devenue londonienne et mère de famille quinquagénaire, repensera avec nostalgie, à l’incroyable hasard qui, un jour d’été 1977, a changé à jamais le cours de sa vie. Un livre aussi goûteux et délectable que la meilleure des parts de Brie.

Danielle Guérin-Rose

1 commentaire

#1  - Leblanc danièle a dit :

Merci Danielle, ça donne donne envie! Tant le livre que le Brie...

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