Les cafés littéraires, philo, sorties et autres au 28 septembre 2022
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> Sur le Désir ✎ Danièle Leblanc

Rédigé par webmestre 1 commentaire
Classé dans : poésie Mots clés : aucun

J’embarque sur le Désir, 
ce fleuve intrinsèque
où la source n’est origine qu’apparence,
tant souterrain et sous les pierres,
déjà et de très loin, 
- du ciel en fait -,
suinte, sourd, ruisselle, ondoie
le flux ténu,
creusant la faille, cherchant le jour,
le surgissement et la lumière.

Je tombe de cristal en cascades,
ricoche, rebondis.
J’entends la chanson des mousses et des lichens.
Je dors sur des lits phréatiques.
Minéralité du Désir.
Tout est reflets et ombres frémissantes.
Je trouve mon chemin et poursuit ma course,
intrépide et fière.
J’enfle, je dilate mon espace.
Je découvre le monde.

Je descends le cours ardent, palpitant.
Ses lenteurs de lianes,
ses tourbillons sinistres,
ses bancs de sable mou.
Je remonte le courant vital,
les eaux troubles,
limoneuses,
riches,
qui dévalent, 
se perdent en marécages,
s’élargissent, affluent, confluent,
alluvionnées de crues, de lames invisibles.

Je glisse sur des bras immenses
aux abouchements complexes.
Entrelacs, méandres trompeurs,
sournoises séductions,
et courants scélérats.
Mortels.

Je vois la ligne du partage,
la crête où tout bascule et se sépare,
sans retour possible.
Cassure du Désir
et adieux déchirants.


Qui me pousse ? 
Qui m’attire ?
Je ne fais plus d’efforts.
Je dérive lentement en regardant le ciel toujours plus vaste.
Je ressens la poussée du flux terrible et doux.
Des relents me parviennent,
saumâtres, épicés, puissants.
C’est un autre monde qui m’absorbe
dans cette anastomose,
une nouvelle aventure.

Les bras du Désir s’écartent,
se démembrent.
Sur son cheval,
le mascaret m’entraîne,
impétueux, souverain.
Mon cœur bat la mesure
de la marée qui vient.
J’ai peur.

J’ai peur…
Mon corps est une étoile
qui roule et qui tangue.
Ecartelée je flotte,
léchée d’algues, de varech et de poissons cendrés.
Tout est beige, ocre et safran.
Est-ce le soleil levant, le ponant, le midi ?
C’est la mer sidérale
qui m’accueille et m’enfante.
Le grand bouche à bouche
où tout s’absorbe
et se réconcilie.

Métamorphose du Désir.

Désormais,

Je suis.

1 commentaire

#1  - frédéric a dit :

Jolis mots, belle envolée, cascade qui scintille, jeunesse des couleurs, prémices du plaisir d'une étoile des sables, singulier poème d'aimante, c'est une mer de vie ... le jour du poisson !

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