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> La plage ✎ Annie Birkemeier

Rédigé par webmestre 2 commentaires
Classé dans : littérature Mots clés : aucun

La Plage

Je n'aime pas les plages bondées, je n'aime pas le sable, je n'aime pas trop me baigner dans la mer à cause de mes cheveux, mais j'aime marcher le long des vagues, surtout quand elles fouettent. Pas question aujourd'hui, dernière semaine de vacances, de m'adonner à mon rite favori. Les mioches courent dans les vagues et éclaboussent, s'essaient sur leurs planches miniatures. Pour une fois, je vais m'asseoir tranquillement et observer tous ces gens qui se goinfrent innocemment de soleil et de bon air pur quelques jours encore...

Presque toutes les jeunes familles ont trois enfants, comme à l'époque de mes parents. Des enfants bien nourris, bien habillés et bien élevés. Aucun ne "braille", ne hurle ou ne se plaint. Les petits jouent avec des mines sérieuses, souvent seuls avec leur pelle. Ils parlent tout seuls et sont particulièrement concentrés : ils « cravaillent » dur pour édifier leur barrage contre l’Atlantique. Les mères sont le plus souvent échouées sur leurs serviettes, un livre à la main, mais finissent, épuisées, par s'endormir. Les papas surveillent les gamins dans l'eau, avec la plupart du temps un bébé sur les bras. Ils semblent savourer le moment, avec comme un sourire intérieur, toujours aussi surpris d'avoir "fait ça".

Puis, traverse la plage une maman en longue jupe, engoncée dans un curieux caraco noir à longues manches, boutonné jusqu'au cou. Elle porte un foulard noir sur la tête qui ne laisse échapper aucun cheveu. Elle traîne un petit garçon en couche-culotte par la main. Elle est incroyablement jeune, très pâle, les traits tirés, et sa maigreur fait ressortir un petit ventre de quatre mois. Le gamin court dans l'eau, elle court après lui. Sa jupe est trempée. Je n'en crois pas mes yeux : elle soulève quelques secondes sa jupe presque jusqu'aux genoux! Et voilà que le papa arrive. Il était dans l'eau avec deux autres gamins. Maintenant, il joue au foot avec eux. Ils s'amusent beaucoup. La maman les regarde en souriant. Papa est bronzé sur tout son corps d'athlète, son maillot moule des attributs virils puissants.

La récréation est terminée. Maman retraverse la plage avec le petit dernier. Tout le monde la regarde. Pendant ce temps, la maman à côté de moi vient de sortir de son soutien-gorge des seins incroyables, hénaurmes. Chacun doit peser au bas mot 2 kilos. Elle les huile soigneusement. Personne ne remarque rien. Personne ne s'occupe d'elle. Elle est transparente.

2 commentaires

#1  - janie béghin a dit :

Annie, il y a bien quelqu'un qui les a remarqués! Puisque je viens d'en lire la description!
Quelle morale sur l'invisibilité de la condition féminine peut-on tirer de cette anecdote?

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#2  - Annie Birkemeier a dit :

Pas de morale à cela, si ce n'est l'incompatibilité des différentes "vérités". Montaigne nous avait prévenus. Et puis, l'oeil "protubérant" de la foule (dixit tonton Georges) est attiré par ce qu'il n'a pas l'habitude de voir...

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