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> le 14 décembre 2021, les rendez-vous littéraires de Royan fêtent leur 10ème anniversaire (réservé aux adhérents)

Classé dans : rendez-vous

Chers adhérents,

Il y a dix ans notre association lançait son premier "café littéraire".
Il faut croire que la formule a plu puisque nous avons dépassé le centième depuis déjà quelques mois.




Pour fêter l'événement,
nous vous convions à une soirée uniquement réservée aux adhérents 2021 et/ou 2022
fixée au mardi 14 décembre au Garden tennis, à partir de 18 heures.

Inscriptions à nous faire parvenir avant le 1er décembre, soit par mail  soit par téléphone au 06 11 72 17 54 ou 09 86 75 62 88

Merci de votre fidélité,

Janie Béghin, Présidente de l'association


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✎ café philo pastiche par Annie Birkemeier

Classé dans : poésie

Notre philosophe maison se/nous demande parfois si nous pourrions nous passer des Anciens, des Grecs surtout. Eh bien, NON, moi j’dis ! Et vive Homère, ses héros immortels et leur parodie. (Merci à Jacques Offenbach et aux librettistes Henri Meilhac et Ludovic Halévy : La Belle Hélène, 1864 !)  

 

LE PÉLÉIDE EST FATIGUÉ

Qui souffle dans la conque

Fle dans la conque, fle dans la conque

C’est ce vieux Stentor

Oui, c’est ce vieux Stentor.

Pas un ténor, non, pas un ténor, non

Pas un ténor, non, pas un ténor, non

Pas non plus Nestor

Non, pas non plus Nestor.


C’est qu’il bat le rappel, oui

Bat le rappel, oui, bat le rappel

Au combat des Myrmons

Des Myrmi-myrmidons.


Car le bouillant Achille boude,

Couché, appuyé sur son coude :

L’ont fui la transe, la fureur

Et l’aristie, aurait-il peur ?


L’écume aux dents, dieux et déesses

S’affrontent, Héra contre Hermès.

Lui, dans une joute vocale,

Au milieu des pleurs et des râles,

Déboute incontinent Stentor

Et finit par le mettre à mort.

Patrocle, éromène d’Achille,

Est promu Capitaine et mène

Au combat les fougueux Hellènes,

Mais tombe sous les coups d’Hector ;

La situation est labile,

Antiloque annonce sa mort.

La colère du Péléide

Ne connaît dès lors plus de frein ;

Il se bat, rendu intrépide

Par l’étendue de son chagrin,

Massacre et profane, perfide,

Hector, le héros des Troyens.

Mais il meurt sous les homicides

Traits de Pâris de qui la main,

Guidée par l’ire d’Apollon,

Vise le héros au talon.

Il succombe et ne verra pas

Tomber les murailles de Troie.

 

Annie Birkemeier


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Classé dans : Non classé


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↬ café-philo du jeudi 18 novembre 2021 : " Mieux penser pour mieux vivre " ✎ Jacques Eskénazi

Classé dans : philo
( attention la séance commence à 17h. )

Le jeudi 18 novembre à 17h. au Garden Tennis,

" Mieux penser pour mieux vivre "

café-philo des rendez-vous littéraires de Royan :

" Platon, Aristote, les Stoïciens, les Épicuriens, Ésope... Leur pensée est-elle toujours actuelle ? "

présenté par Jacques Eskénazi.

- o - O - o -

Ci-dessous, l'exposé que notre ami Jacques Eskénazi en vue du prochain café-philo qu'il animera. Vous pourrez ainsi suivre le fil rouge du cheminement philosophique qui vous sera proposé lors de cette séance.



Mieux penser pour mieux vivre : le café philo de Royan

 

« Platon, Aristote, les Stoïciens, les Epicuriens, Esope....

Leur pensée est-elle toujours actuelle ?»


Avant-propos

 

-1- La philosophie grecque, telle que nous pouvons la comprendre aujourd'hui est un essai de spiritualité sans Dieu, mais en composant avec les dieux. C'est une spiritualité laïque, ancrée dans le siècle.

 -2- Elle nous fascine aujourd'hui encore malgré ses imperfections ou incohérences car elle a été la première à donner (...voire imposer...) une vision globale du monde et de la connaissance

 -3- Chacun des penseurs que je cite peut faire à lui seul l'objet d'une vie entière d'étude. D'ailleurs nombreux sont aujourd'hui ceux qui se revendiquent de la seule pensée de Socrate, Platon, Aristote, 

ou Epicure. Ce ne sera pas notre cas !

 -4- Nous restreindrons volontairement notre champ d'investigation (...la matière est d'une richesse infinie...) et analyserons quelques tendances «lourdes» tirées de leur enseignement. Nous essaierons d'en tirer la « substantifique moelle » que nous « frotterons» aux enjeux du siècle dans lequel nous vivons. Peuvent-ils nous aider à résoudre les défis actuels que sont le réchauffement climatique, l'écologie, la juste répartition des richesses et la mondialisation, la place de la femme dans la société, la recherche du bonheur individuel et collectif...? Ce sera notre « fil rouge », et, me semble-t-il, tout l'objet d'une discussion de café philo !

 -5- « Last but not least », je me suis efforcé de ne pas émettre d'opinion personnelle pour ne pas influencer le débat et les idées. Vous admettrez néanmoins que je puisse ne pas être d'accord avec Platon quand il me parle de sa cité juste, ou avec Epictète quand il me dit ne rien ressentir la jambe brisée....

                                                                                                                       Bonne réflexion !


Tout ça pour ça ?


            Se poser la question de savoir si, 25 siècles après la naissance de Platon (-427-347 avant JC), l'apport philosophique des penseurs de l'Antiquité est encore valable, peut apparaître comme une forme de paradoxe. Je résumerai ce paradoxe : nous sommes au 21ème siècle, l'humanité n'aurait-elle réfléchi à sa condition pendant 2500 ans que pour en arriver au point de départ?

            Avant de rentrer dans le détail de ce qui constitue le thème d'aujourd'hui, il me paraît essentiel de préciser ce que l'on a pu qualifier de «Miracle Grec» c'est à dire le passage de la mythologie la plus débridée à la tentative la plus sage, la plus raisonnable, la plus rationnelle, de compréhension de la place de l'individu dans le monde, le cosmos, c'est à dire le passage du mythos le mythe, au logos, la raison.

            Il nous faut partir de deux textes fondateurs essentiels : «La théogonie» d'Hésiode (7ème siècle avant JC) et «L'Odyssée» d'Homère. Je rappelle que «Odyssée» signifie Ulysse en Grec: il s'agit donc de l'épopée d'Ulysse et de son retour à Ithaque à la fin de la guerre de Troie.

            En quoi ces textes peuvent-ils être considérés comme fondateurs ?

            La Théogonie (...la naissance des dieux...) c'est, vue par un poète, l'origine de la création du monde (...le cosmos...) et la naissance des dieux. C'est une histoire magnifique, pleine de luttes, de bruit et de fureur que nous aborderons un jour peut-être ! Pour l'heure, nous retiendrons simplement que Hésiode part du chaos (...le noir absolu, le néant, l'Apeiron en grec...) pour en arriver à Zeus et aux autres dieux matérialisés par leur amalgame avec le cosmos : Poséidon dieu de la mer, Déméter déesse des moissons, Hadès dieu des enfers, etc....

            Mais pour en arriver là il aura fallu passer auparavant par Gaïa, la terre, Ouranos, le ciel, Chronos, le fils de Gaïa, (...on peut rappeler l'épisode de la serpette...), les Cent Bras (...les Hécatonchires...) les Titans...

Quant à l'Odyssée, c'est le retour d'Ulysse à Ithaque, son île, après maintes péripéties (...Calypso, Circé, Charybde et Scylla...). Ulysse revient à Ithaque parce que c'est là qu'est sa vraie vie !

            Au final, il nous faut retenir l'enseignement majeur de la mythologie grecque avant que celle-ci ne se rationalise : toute l'histoire de l'humanité se résumerait au passage du chaos à l'harmonie avec le cosmos, à la vie bonne et juste, à la sagesse, en prenant garde de ne pas sombrer dans l'Hybris, la démesure.

            Je cite Luc Ferry : «La vie bonne, c'est la vie en harmonie avec le cosmos, autrement dit en harmonie avec l'harmonie universelle du monde»


De la caverne au royaume de l'Idée : l'Académie de Platon (-427-347 avant JC)


            Élève de Socrate qui, lui, n'a laissé aucun écrit, son enseignement tient pour l'essentiel dans les dialogues que Socrate est censé avoir eus avec ses élèves («Apologie de Socrate», «Protagoras», «La République», «Le Timée», «Le Banquet»...). On peut dire de Platon qu'il a été en quelque sorte le «père fondateur» de la philosophie moderne, pour avoir tenté, le premier, de systématiser l'expérience de la connaissance humaine.

Idée ou idées?

            Bien sûr, ce qui illustre le mieux la pensée platonicienne, c'est l'allégorie de la caverne. Vous la retrouverez en entier dans «La République», Livre7. Socrate s'adresse à Glaucon et lui dit en substance : «Imagine que tu aies vécu dans une caverne isolée de la lumière. Tu vas t'imaginer ce qu'est le monde au-dessus. Tu verras des ombres s'agiter, et tu penseras identifier ce qui n'est qu'une apparence, mais, quand tu seras au-dessus, quand tu remonteras, tu seras aveuglé et tu ne reconnaîtras plus rien. Il te faudra faire un effort pour accoucher dans la douleur de la vérité qui te mènera vers le souverain Bien ( c'est l'anamnèse ou remémoration) ». C'est ce que Platon nomme la montée de l'âme (...le sensible...) vers l'intelligible. Le monde est donc d'abord intelligible par l'âme avant qu'elle ne s'incarne dans le corps humain. C'est le fondement même de sa philosophie de la connaissance.

                                    L'idée platonicienne n'a rien à voir avec les idées au sens actuel : pour Platon en effet tout ce qui existe sous forme temporelle n'est qu'un symbole ou une approximation de quelque chose qui «est» véritablement, et que seule l'âme la plus parfaite peut appréhender.

La cité juste est aristocratique

            Pour ceux d'entre vous qui veulent approfondir le thème, il faut lire «La République» bien sûr, mais aussi la BD de Jean Harambat sortie il y a quelques jours.

            Comme tous les hommes de la Grèce antique, Platon est un citoyen engagé. Il ne cache pas ses convictions sur ce que doit être la cité idéale...Son éthique est bien sûr profondément aristocratique, car elle est le reflet de la cité athénienne de l'époque !

                                    Qu’est-ce que la «Cité Juste»? Trois classes composent la cité idéale, à l'image du corps humain: les magistrats (la tête), les guerriers (le cœur) et les esclaves ou producteurs (en gros, ce qu'il y a sous la ceinture...).La démocratie est le pire des régimes possibles....

            Un certain nombre de conséquences en découlent : la cité idéale est totalitaire et seul le «philosophe roi» peut en être à la tête car il cumule intelligence et sens politique. Quant aux femmes, sa pensée est tout simplement délirante à ce sujet au vu des canons actuels. Dans la société athénienne la femme est structurellement invisible, elle n'existe quasiment pas. Platon propose en plus la possession communautaire de la femme entre citoyens pour éviter tout népotisme..

Discours philosophique versus discours sophiste

            Tout n'est pas à jeter bien sûr chez Platon dont la pensée nous interpelle malgré nous. Son apport majeur me semble-t-il c'est son opposition aux sophistes, dont le discours peut paraître brillant mais sans réelle portée pratique ni scientifique (philosophique).                     

            Qu'est-ce qu'un sophisme ? Pour aller à l'essentiel : c'est un raisonnement dialectique qui à première vue peut paraître parfaitement sensé mais qui conduit à une conclusion fausse. Ainsi le sophisme de la vérité : «Nous ne pouvons pas connaître la vérité, disent les sophistes, car, si nous la connaissions nous ne la chercherions pas, et si nous la trouvions nous ne la reconnaîtrions pas».

Raisonnement brillant mais peu scientifique pour Platon puisque nous la connaissions déjà......

                        Nous allons retrouver tout cela - en mieux si j'ose dire - chez Aristote....


«Ce qui est léger doit monter, ce qui est lourd doit descendre»

                    le Lycée d'Aristote (-384-322 avant JC)


            Il a commencé par être l'élève de Platon et a même pensé à le remplacer à la tête de l'Académie. Puis il a créé, si j'ose dire, sa propre mouvance : le Lycée, que certains ont même surnommé «Les péripatéticiens» car ils réfléchissaient en marchant...

            Après la disparition de son maître, Aristote a élaboré son propre système de pensée à partir d'un genre philosophique nouveau, le traité, qui a détrôné les autres formes d'expression philosophique, et notamment les «Dialogues» de Platon.

Nous retiendrons ici aussi quelques ouvrages majeurs : «L'Organon», «La Métaphysique», «La Physique», «Les Politiques», «L’Éthique à Nicomaque»...

            Sa démarche se différencie radicalement de celle de Platon, au moins dans un premier temps, car il n'oppose pas monde intelligible (rationnel) et sensible (idéel). Pour lui, il y a la forme (...un chien, un arbre...) et la matière (...le marbre, le bois...). Quelle que soit la manière dont on se représente quelque chose ou quelqu'un (une statue en marbre par exemple), la matière sera toujours la même.

            De même que l'Idée m'a semblé être le fil conducteur de la pensée platonicienne, la physique me paraît être celui d'Aristote...                

La nature est le principe même du mouvement

            Là vous comprendrez aisément qu'il y a des années-lumière entre Aristote et le 21ème siècle...Pour lui l'univers est clos et merveilleusement harmonieux, parfaitement organisé : chaque chose est à sa place. C'est un monde hiérarchisé dans le sens où par nature il y a des êtres ou des choses qui sont faits pour être en bas, et d'autres pour être en haut. Les flammes d'un feu par exemple sont faites pour monter, une pierre par nature est faite pour aller vers le bas.

            Du fait que ce monde est clos, il y a une gauche et une droite absolues (...Qui se souvient des Shadoks ?...)


Une éthique aristocratique

            La hiérarchie politique, juridique et morale ne peut alors que refléter la hiérarchie naturelle des êtres dans le cosmos : c'est le fondement cosmologico-éthique de la philosophie aristotélicienne.

D'où, l'idée qu'il existe une hiérarchie naturelle des êtres : la cité juste d'Aristote est une cité où, par nature, il y a des êtres faits pour être en haut (les sages), des êtres faits pour être en bas (les esclaves) et, au milieu, toute une hiérarchie de gens communs.

Aristote, philosophe de la vertu

            De ce paradigme naît un constat : la vertu (l'excellence) c'est le juste milieu. Aristote est le philosophe de la médiété et il part pour cela d'un constat pour le moins troublant à nos yeux de modernes : un œil vertueux est un œil qui n'est ni myope ni presbyte, un cheval vertueux est un cheval qui n'est ni téméraire ni lâche...

            Je conclurai ces quelques lignes sur Aristote par deux pensées complémentaires :

            - l'homme bien né, l'aristocrate, ne travaille pas (...mais ça c'est une constante de la pensée grecque antique...)

   l'homme est un animal politique, il appartient à la Cité, il a besoin des autres pour évoluer et s'épanouir car il est doté du langage qui lui permet de se faire comprendre du reste de la Cité. «Celui qui est hors cité, naturellement bien sûr, et non par le hasard est soit un être dégradé soit un être surhumain. Il est sans lignage, sans loi, sans foyer»

            Nous allons voir maintenant comment Stoïciens et épicuriens ont essayé de dépasser la simple compréhension du monde pour définir les conditions de la vie bonne sur terre...


«Même pas mal!» Épictète et les Stoïciens


            Bien que ce soit Zénon de Cittion (-336-264 avant JC) et non Épictète qui soit considéré comme le précurseur de la pensée stoïcienne (les Stoïciens tirent leur nom de la Stoa, le portique en grec), c'est à dessin que j'évoque le nom d’Épictète ((50-125 après JC). Pourquoi ?

            Il illustre merveilleusement à mon sens ce que l'on considère généralement comme une attitude typiquement stoïcienne, ou stoïque...On raconte en effet qu’Épictète, esclave d'un maître romain dur et injuste (un certain Epaphrodite ancien garde du corps de Néron), disait pouvoir éprouver toutes sortes de tortures. Pour l'éprouver, son maître aurait entrepris de lui briser la jambe, ce qu'il supporta, dit-on, sans broncher. Méfions nous cependant des rumeurs non vérifiées : comme nos «fakes», elles ont la vie dure!

            Nous retiendrons néanmoins d’Épictète son «Manuel» d'une lecture particulièrement facile et qui, comme la Bible par exemple dans un autre registre, avait pour but de tenir dans la main et de servir à tout moment de boussole spirituelle.

            Que nous enseignent les stoïciens ? (D'ailleurs romains pour la plupart : Sénèque, Marc Aurèle, Cicéron...). Si je voulais résumer leur pensée de manière lapidaire, j'emprunterais au Manuel sa première phrase d'introduction :

                                    «Parmi les choses qui existent certaines dépendent de nous, d'autres non. De  nous dépendent la pensée, l'impulsion, le désir, l'aversion, bref tout ce en  quoi c'est nous qui agissons: ne dépendent pas de nous le corps, l'argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n'est pas nous  qui agissons»

            On ne peut bien sûr en rester là mais on peut en tirer les éléments principaux de la pensée stoïcienne


Une pensée déterministe

            La pensée stoïcienne est une pensée déterministe: le hasard n'existe pas. Chaque événement se produit de manière entièrement déterminée. Il n'y a pas de mystère dans l'Univers, tout est explicable.

            Puisque la liberté extérieure n'existe pas, elle ne peut être qu'intérieure, c'est notre «Citadelle intérieure». Ce que confirme Sénèque : «Les destins conduisent ceux qui les acceptent et traînent ceux qui les refusent». Une pensée  reprise par Descartes «Mieux vaut changer ses désirs que l'ordre du monde». Il faut accepter son sort, c'est «l'Amor Fati» de Nietzsche.

 

Vivre en accord avec la nature

            Le but de la morale stoïcienne c'est, bien sûr, comme l'ensemble de l'enseignement de la philosophie grecque de vivre en accord avec le cosmos (...notre environnement...)

 

La mort n'est qu'un passage

            La mort est le moment où l'être humain se fond dans le cosmos...Disons que c'est une stratégie intellectuelle ( ...un tour de passe passe...) destinée à faire disparaître la peur de la mort...

 Qu'en penser ?

            Aujourd'hui rien de tout cela ne semblerait révolutionnaire si les Stoïciens n'y avaient ajouté leurs exercices.... La philosophe grecque, et, plus encore, stoïcienne, n'est pas une scolastique (...un exercice de pure pensée intellectuelle argumentée...), c'est une philosophie appliquée !

Les exercices stoïciens :

   Vivre au présent: c'est le fameux «Carpe diem» romain

   Repousser l'espérance: Si j'espère (...la santé, la richesse, le bonheur...) c'est que je ne les possède pas.

   Ne s'attacher ni aux choses ni aux êtres car nous savons qu'un jour nous les perdrons. «Quel mal y a-t-il à murmurer entre ses dents tout en embrassant son enfant: demain, il mourra!»


Le bonheur? Que du plaisir! Épicure et son jardin


            Deux noms auront marqué la naissance du mouvement épicurien : Épicure bien sûr ( -341-270 avant JC) et son école «Le Jardin» et Lucrèce à Rome (-98-55 après JC) «De Natura rerum»

Nous n'avons malheureusement gardé que peu de traces de ses écrits, le plus célèbre étant «La lettre à Ménécée» qui résume sa morale, à vrai dire l'aspect de son héritage qui nous intéresse aujourd'hui à plus d'un titre....

La physique épicurienne

            Ce qu'on peut dire en premier de l'épicurisme, c'est qu'il s'inscrit pratiquement à l'opposé du stoïcisme...Les Épicuriens s'inscrivent dans une perspective «atomiste» : pour eux l'Univers est un tissu d'atomes dont le mouvement constant forme les choses et les êtres, quand les stoïciens y voient un corps harmonieux et cohérent.

            Les Stoïciens, on l'a vu, prônent une attitude de détachement pour échapper aux douleurs et construire en quelque sorte sa citadelle intérieure. Les épicuriens pour leur part ont formulé plusieurs séries de principes pour atteindre la sagesse

Le quadruple remède (le tetrapharmakos):

-1- Les dieux ne sont pas à craindre car ils ne s'occupent pas de nous,

-2- La mort ne doit pas nous effrayer, car, quand les Stoïciens disent: la mort n'est qu'un passage, les Épicuriens répliquent : la mort n'est rien pour nous, car, quand nous sommes, la mort n'est pas présente, et quand la mort est présente, c'est nous qui ne sommes pas 

-3/4 - Le bien étant facile à acquérir et le mal facile à éviter on doit parvenir au bonheur simplement.

....C'est ce qui nous est resté, mais pas que....

La question du plaisir

            Contrairement à l'opinion la plus répandue, l'épicurisme n'est pas une philosophie des plaisirs à tout prix. C'est au contraire un éloge de la frugalité, et ils peuvent être classés en trois catégories : il y a les plaisirs naturels et nécessaires, les plaisirs naturels et non nécessaires, enfin, les plaisirs vains, non naturels  et non nécessaires. Le bonheur épicurien c'est de mesurer justement ce plaisir et de résister à l'addiction. «La spirale des plaisirs artificiels nous rapproche de la mort et nous procure un état d'insatisfaction perpétuelle» (Luc Ferry)


La Fontaine a-t-il plagié Ésope ?

            Probablement pas, ou en tout cas, pas complètement...Mais, me direz-vous, pourquoi intégrer un fabuliste à ce symposium de penseurs ?

            Je ne pouvais en tout cas pas le passer sous silence, Ésope ( 6ème siècle avant JC) étant dépositaire d'une certaine forme de morale voire d'éthique, dont l'apport s'apparente à la recherche philosophique.

            J'appelle La Fontaine au secours :

                                    «Quant à Ésope, il me semble qu'on le devrait mettre au nombre des sages  dont la Grèce s'est vantée, lui qui enseignait la véritable sagesse, et qui l'enseignait avec bien plus d'art que ceux qui en donnent des définitions et  des règles»

            Le droit de réponse d' Ésope «Le corbeau et le renard»

                                    «Un corbeau déroba un morceau de viande et alla se percher sur un arbre. Un renard l'ayant aperçu, voulut se rendre maître du morceau. Posté au pied  de l'arbre, il se mit à louer la beauté et la grâce du corbeau : «A qui mieux qu'à toi convient-il d'être roi? En vérité tu le serais si tu avais de la voix !»

                                    Le corbeau voulant lui démontrer qu'il n'en était pas dépourvu laissa tomber  la viande et poussa de grands cris. L'autre se précipita, s'empara de la viande  et dit : « Corbeau, si tu avais aussi de l'intelligence, il ne te manquerait rien pour être le roi des animaux»

                                                                       Avis au sot....


So what ?


            Alors, bien sûr, comme dans tous les autres cafés philo je me suis efforcé non pas de trouver LA vérité ( celle dont parle Platon ), n'ayant pas de caverne à ma disposition, mais plutôt de chercher les clés pour la trouver...

                                               Alors que dire ?

            Tout n'est pas à jeter dans la philosophie grecque, elle n'est tout simplement plus, à mon sens, la réponse adaptée aux enjeux du 21ème siècle...

            Quand Platon me parle de la cité juste et de la place des femmes dans la société par exemple, il est le juste représentant de la société de son temps: esclavagiste, élitiste, misogyne, et xénophobe.

            Quand il me parle de la descente de l'âme (l'essence de la connaissance) dans le corps je suis en droit d'être sceptique...

            Quand Épicure me dit que la mort n'est rien pour nous car quand elle sera là nous ne serons pas, il me fait un peu penser à Woody Allen: «Je n'ai pas peur de la mort, je voudrais juste ne pas être là quand ça arrivera»

            En revanche, quand Épictète me demande de travailler ma «Citadelle intérieure» pour être plus fort face aux attaques de la vie, ou quand Épicure me demande de résister aux excès du consumérisme, alors là nous nous rapprochons des courants de pensée actuelle...

Une chose me paraît sûre : c'est une philosophie première (une méta philosophie ?) qui a essuyé les plâtres de la réflexion moderne, et qui n'a peut-être pas eu le temps de s'affiner, les Romains ayant pris le dessus, avant l'avènement du monothéisme et des religions révélées....

  

                                                                                               Jacques Eskénazi

                                                                                               Royan, le 18 Novembre 2021



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✎ Hommage à un fou littéraire par Danielle Guérin-Rose

Classé dans : tribune libre

Il s’appelait Patrice Louis, mais nombre d’entre nous le connaissaient comme « Le Fou de Proust », reprenant ainsi l’intitulé du blogue qu’il consacrait à l’auteur avec lequel il était un jour tombé en amour.
Et fou, et amoureux des mots et de la pensée proustienne, fallait-il qu’il le fut, pour choisir de s’installer, après une vie professionnelle bien remplie, dans ce petit village d’Illiers, à jamais associé au Combray de l’enfance proustienne, au point de changer officiellement de nom.

Il était venu s’arrimer près du Pré-Catelan et de la maison de tante Léonie après avoir bourlingué hardiment entre Outre-Mer (où il rencontra sa femme Violette) et continent africain (où il rencontra Aimé Césaire), et avoir poursuivi sur les ondes une longue carrière qui l’avait mené d’Europe 1 à Radio-France, de Canal Plus à BFM TV. Il avait aussi écrit des livres, mais un jour, en tournant les pages de « La Recherche », cette âme littéraire était tombée en passion pour le Petit Marcel, et son univers immense l’avait pris dans ses filets pour ne plus jamais le lâcher. Il connaissait sa « Recherche » sur le bout du doigt, et avait répertorié tous ses personnages, travail titanesque, dont il ne s’est jamais lassé.

Il était venu deux fois nous visiter aux Rendez-vous Littéraires de Royan, la première pour nous parler de Proust, bien sûr, et après la conférence, nous avions égrené avec lui des passages de la Grande Œuvre[D1] , en longeant le bord de mer, comme ailleurs, sur la côte Normande, le faisaient les Jeunes-Filles en fleur. Il faisait beau, il portait un costume clair. Il était plein de fougue, de faconde, d’élan et de sympathie humaine. Nous avions eu envie de le revoir et de l’entendre à nouveau, lui et sa culture chaleureuse, dépourvue de pédanterie. Et il était revenu avec Laurent Doucet, pour nous entretenir de leur ami commun Aimé Césaire, cette fois.

Ce ne fut pas notre dernière rencontre. Celui que nous regardions à présent comme un ami, nous avait accueillis à Illiers-Combray, où il nous avait servi de guide érudit et charmant. Nous avions suivi avec lui le chemin des aubépines et visité les sources de la Vivonne, et c’était un peu comme si Proust lui-même nous montrait la route, comme s’il marchait à nos côtés. Notre visite à Combray n’aurait pas été le même, sans Patrice.

Il sera encore là, longtemps, dans notre mémoire, après que le cancer eut fini par le vaincre, ce 17 novembre 2021 (un jour seulement avant l’anniversaire de la mort de Proust). Il parlait librement de sa maladie, de ses traitements difficiles, du dévouement des soignants, de son long combat, sur son site FaceBook. Il le faisait sans se plaindre, avec beaucoup de bravoure et de cran. C’était comme un feuilleton qu’il écrivait pour nous, une sorte de journal à épisodes avec l’arrivée dans sa boite aux lettres de mystérieuses chaussettes de couleur ou de bonnets tout aussi colorés, dont l’expéditeur restait mystérieux, et les poétiques bouquets de Violette, qu’elle confectionnait pour lui. Pas vraiment triste, ce noir feuilleton, en dépit de son arrière-plan dramatique, et même parfois plein d’humour, à cause de la dignité de l’auteur, de son optimisme, même, et de sa volonté de se battre, envers et contre tout. Jusqu’au dernier moment, jusqu’à son retour de l’hôpital, où il avait passé un mois, il y a si peu de jours, il ne baissait pas la garde.

Mais la mort a fini par gagner, en dépit de la lutte sans merci. Elle gagne toujours en fin de compte, c’est ainsi. Et j’espère que notre Fou de Proust me pardonnera, si pour lui adresser un dernier salut, je ne cite pas son auteur préféré, un extrait par exemple, de la mort, si touchante, de la grand-mère, mais si j’emprunte à Rostand les derniers vers de son chef-d’œuvre, parce que je trouve qu’ils lui vont bien, qu’ils conviennent à son courage et à sa vaillance :

-      «  Il y a malgré vous quelque chose
Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J'emporte malgré vous, Et c’est ... (...)
-      C’est ?
-      Mon panache. »


Danielle Guérin-Rose

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